Les femmes béninoises bousculent le paysage politique
La nomination de la capitaine Elvire Toupé comme aide de camp du président béninois Romuald Wadagni marque un tournant symbolique. Cet événement intervient lors de la première réunion du Conseil des ministres, le 28 mai dernier, et consacre une première dans l’histoire du pays depuis son indépendance en 1960. Officier de la Garde républicaine, elle devient ainsi la première femme béninoise à occuper ce poste prestigieux.
Des modèles historiques pour inspirer les générations
Régis Hounkpè, spécialiste en géopolitique et directeur d’InterGlobe Conseils, salue cette nomination qui s’inscrit dans la droite ligne des valeurs incarnées par les Amazones du Dahomey. « Les femmes béninoises ont toujours été des figures de courage et de détermination. Aujourd’hui, Elvire Toupé incarne cette tradition et offre aux jeunes filles un nouveau modèle à suivre », explique-t-il.
Pour Wuldath Moussa Mama, journaliste, cette désignation évoque inévitablement le souvenir des Agodjié, ces guerrières d’élite qui ont marqué l’histoire du Bénin. « Est-ce une exception ou le début d’un changement profond ? Le président semble vouloir ouvrir des portes pour encourager la participation féminine dans les sphères de décision », s’interroge-t-elle.
Une représentation féminine encore limitée
Malgré ces avancées symboliques, la présence des femmes dans les institutions politiques béninoises reste modeste. Le premier gouvernement de Romuald Wadagni compte six femmes sur un total de ministres : Affaires étrangères, Enseignement supérieur, Famille et Action sociale, Commerce intérieur, Emploi et Formation professionnelle, Communication et Médias.
Ce chiffre est légèrement supérieur à celui du précédent gouvernement de Patrice Talon, qui en comptait cinq sur 23 membres. Wuldath Moussa Mama souligne cependant que cette progression reste insuffisante : « La vice-présidence, occupée par une femme depuis 2021, reste un poste protocolaire selon la Constitution. Il faut aller plus loin ».
Une législature à majorité masculine
La dixième législature, installée en février 2026, compte 28 femmes députées sur 109 sièges, soit 25,7 % de l’hémicycle. Ce chiffre, identique à celui de la législature précédente, révèle une stagnation inquiétante. Pourtant, le code électoral impose un siège par circonscription pour les femmes, ce qui a permis l’élection de 24 d’entre elles. Les quatre autres ont obtenu leur place en dehors de ce quota.
Pour Wuldath Moussa Mama, « la problématique réside dans le fonctionnement interne des partis politiques. Il faut renforcer la formation au militantisme et ouvrir davantage de portes aux femmes ». Une conclusion qui rappelle que les défis persistent malgré les avancées notables.
