Le Sénégal face au défi de la transparence : la déclaration de patrimoine soumise à référendum

Le Sénégal face au défi de la transparence : la déclaration de patrimoine soumise à référendum

La récente validation parlementaire d’une loi sur la déclaration de patrimoine n’a pas mis fin au débat politique. L’annonce présidentielle d’un référendum sur cette mesure relance les interrogations au Sénégal.

Sénégal, Dakar 2025 | Le Premier ministre Ousmane Sonko s'exprime devant l'Assemblée nationale sur le coût de la vie

Un jalon important est posé en faveur de la transparence dans la sphère politique sénégalaise. Un texte, validé ce lundi par 133 des 165 députés, vient renforcer une exigence déjà ancrée dans la Constitution depuis 2001.

Désormais, les trois figures majeures de l’État – le président de la République, le premier ministre et le président de l’Assemblée nationale – seront tenues de déclarer leur patrimoine. Cette obligation s’appliquera non seulement au début de leur mandat, mais aussi à son terme, auprès du Conseil constitutionnel, dans un délai de trois mois.

Cette avancée est chaleureusement accueillie par le Pastef, le parti du président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko.

« L’adoption d’une telle législation ne peut que consolider la transparence dans la gestion publique, en parfaite conformité avec les principes du Pastef d’Ousmane Sonko. Il est essentiel que les Sénégalais puissent avoir une visibilité sur les avoirs de leurs leaders afin d’endiguer l’enrichissement illicite et de prévenir le gaspillage des ressources publiques », a déclaré Ansoumana Sambou, membre du Secrétariat national à la communication du Pastef.

La réforme sur le patrimoine renvoyée au référendum (audio)

Une adoption parlementaire, un renvoi au peuple

Bien que le texte ait été adopté à une majorité écrasante par les parlementaires, le chemin vers sa pleine application s’annonce plus complexe pour le Pastef, initiateur de cette réforme.

Le ministre de la Justice a précisé que « le président de la République a fait savoir au président de l’Assemblée nationale sa décision de soumettre cette proposition de révision à l’approbation populaire via un référendum, conformément aux dispositions de l’article 4 de l’article 103 de la Constitution. »

Ainsi, la loi sera soumise au vote des citoyens, a confirmé le ministre de la Justice, Moussa Sarr, qui estime que cette réforme devrait s’inscrire dans un cadre de révision constitutionnelle plus étendu.

Sénégal, Mbour, 2024 | Rassemblement électoral de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Le coût du référendum en question

L’analyste Moussa Diaw exprime cependant son incompréhension face à ce choix de recourir au référendum.

« On s’interroge sur la raison pour laquelle le président de la République souhaite soumettre cette loi à un référendum, alors qu’il en approuve le principe. Il est difficile de comprendre l’intérêt de soumettre un texte à un scrutin populaire qui engendrera des dépenses significatives, d’autant plus que le Sénégal fait déjà face à d’importantes contraintes économiques. »

Pour Ansoumana Sambou du Pastef, la population sénégalaise est majoritairement favorable à cette mesure, rendant le référendum difficilement justifiable.

« Ce sujet n’a jamais suscité de controverse. Au contraire, l’idée de déclarer son patrimoine à l’entrée et à la sortie de fonction, quel que soit le poste, est très bien perçue. »

La réforme de la déclaration de patrimoine dépasse désormais le simple cadre institutionnel pour devenir un nouveau terrain d’affrontement politique entre le Pastef d’Ousmane Sonko et la mouvance présidentielle dirigée par Bassirou Diomaye Faye.

Ce mercredi 19 août, l’Assemblée nationale examinera le texte concernant les crédits spéciaux, ces fonds « opaques » gérés par la présidence et la primature. Les discussions s’annoncent animées.