Le 25 novembre 1998, l’histoire du football français s’écrivait à Londres, dans l’enceinte mythique de Wembley. Face au prestigieux Arsenal, alors championne d’Angleterre en titre, le Lens de Daniel Leclercq réalisait l’exploit : devenir le premier club français à s’imposer dans ce stade légendaire. Près de 25 ans plus tard, Guillaume Warmuz, l’ancien gardien des Sang et Or, partage son témoignage sur cette soirée inoubliable.
un match historique pour le football français
Ce soir-là, sous les projecteurs de Wembley, les joueurs de Lens évoluaient avec une détermination rare. Guillaume Warmuz, alors âgé de 27 ans, se souvient d’une ambiance électrique, bien au-delà des attentes. « Dès notre arrivée à l’hôtel londonien, nous avons basculé dans un autre univers. L’enjeu, immense, nous a poussés à vivre ce moment pleinement, sans pression inutile. Nous devions savourer cette opportunité unique, celle d’affronter Arsenal à Wembley. Ce match, c’était la consécration de notre titre de champion de France, il ne fallait surtout pas le gâcher. »
L’entraîneur Daniel Leclercq, surnommé « Le Druide », avait marqué les esprits avant la rencontre. « Il nous avait demandé de nous préparer sans nous soucier des conséquences. Après l’entraînement, personne ne voulait quitter la pelouse. Tout semblait se dérouler à la perfection. » Warmuz ajoute : « Quand notre bus est arrivé près de l’enceinte, une évidence s’est imposée : nous étions en train d’écrire une page du football. »
un plan de jeu audacieux
Pour relever ce défi, Lens avait opté pour une stratégie offensive et risquée. « Nous voulions les agresser chez eux, transformer ce match en un combat. Le message de Leclercq était clair : ‘Jouez votre jeu, le reste n’a pas d’importance’. Pas de plan anti-Anelka ou anti-Overmars, nous devions compter sur notre agressivité, notre jeu en zone et notre capacité à défendre haut. »
La défense, habituellement en trois, est passée à quatre avec Frédéric Déhu et Cyrille Magnier en charnière. « Déhu couvrait la quasi-totalité du terrain, son sens de l’anticipation était crucial. Nous devions monter pour couper les appels d’Anelka ou Overmars, même si cela nous éloignait des cages. » Warmuz explique : « Je devais sortir pour intercepter les ballons dans le dos de nos défenseurs. Une première période intense, avec deux interventions décisives à la 6e et 31e minutes. »
la première période : un duel à haute intensité
Dès les premières minutes, Lens a imposé son rythme. « Trois minutes après le coup d’envoi, un centre arrive sur Christopher Wreh, mais il perd le contrôle du ballon. J’ai senti que le match serait physique. » L’ancien gardien évoque ensuite deux moments clés : « Ma sortie sur Marc Overmars à la 6e minute a été déterminante. Je devais anticiper sa course, récupérer le ballon et me projeter haut. Puis, à la 31e, Nicolas Anelka part seul dans mon dos. Je sors, il me voit, tente un geste désespéré, mais je récupère le ballon dans les pieds. Sans cette intervention, tout aurait basculé. »
À la mi-temps, le score était de 0-0. Guillaume Warmuz et ses coéquipiers quittaient le terrain sereins, mais conscients des ajustements nécessaires. « Leclercq nous a demandé de resserrer les lignes. Nous étions parfois trop espacés, ce qui permettait à Anelka de s’infiltrer. »
la seconde période : l’explosion du rêve
Au retour des vestiaires, Lens a maintenu la pression. « Toutes les actions dangereuses venaient de notre côté droit, avec Overmars. Pourtant, la meilleure occasion du match fut pour nous à la 52e minute : un centre de Vladimir Smicer arrive sur Pascal Nouma, à deux mètres du but. Il envoie le ballon au-dessus de la barre. C’était atroce. »
Le tournant est arrivé à la 73e minute. « Une offensive lensoise aboutit à un centre dévié par Tony Vairelles, qui transmet à Wagneau Éloi. Smicer centre depuis la gauche, et Mickaël Debève, entré en jeu, marque le but de la victoire. » Warmuz décrit l’émotion : « La joie était immense, mais contenue. Il restait encore 25 minutes, et nous devions rester concentrés. »
À la 89e minute, Overmars se retrouve face à goal, mais Warmuz capte son tir. « J’étais en hypervigilance totale. Ce match fut le meilleur de ma carrière : pas de faute technique, pas de concentration en moins, pas de but encaissé. »
le moment suspendu dans le temps
Après le coup de sifflet final, une euphorie collective s’est emparée des joueurs. « Nous avions conscience d’avoir accompli l’impensable : aucun club français n’avait jamais gagné à Wembley. Ce soir-là, nous étions les premiers. » Warmuz ajoute : « Resté seul sur la pelouse, j’ai savouré chaque seconde. Les projecteurs s’éteignaient un à un, ne laissant que les lumières des tribunes. C’était irréel. »
Dans ce silence, il s’est assis sur les strapontins pour méditer. « Pour un gamin de Blanzy, en Bourgogne, c’était incroyable. Je remercie le destin : non seulement j’ai gagné à Wembley, mais en plus, j’étais le premier à y parvenir. »
