le groupe Wagner dope ses activités en Centrafrique via le tramadol
La République centrafricaine est devenue un terrain propice à l’expansion des activités du Groupe Wagner, ce contingent de mercenaires russes dont les opérations connaissent un “nouvel élan” grâce au trafic de tramadol. Une situation qui confère à cette organisation paramilitaire un rôle de premier plan dans l’économie parallèle du pays.
Initialement conçu comme un antalgique pour soulager des douleurs modérées, le tramadol est ici détourné de son usage médical. Reconditionné à plus haute concentration, il se transforme en une substance stimulante puissante, souvent comparée à une “cocaïne accessible”. Ce médicament, détourné de sa destination première, circule désormais dans les rues sous forme de comprimés trafiqués.
Une stratégie lucrative pour Wagner
Depuis son arrivée en République centrafricaine en 2018, le Groupe Wagner a su exploiter les failles du pays pour consolider son influence. Avec environ 500 hommes sous son commandement, dirigé par Pavel Prigojine, fils du fondateur Evgueni Prigojine, l’entité maintient une emprise solide malgré les bouleversements internes en Russie.
Parmi ses activités les plus rentables figure l’exploitation minière illégale. Les mines d’or et de diamants sous son contrôle lui rapportent près de 180 millions de dollars par an, selon des estimations de l’organisation Global Initiative. Ces revenus s’ajoutent à son emprise sur les ressources forestières et énergétiques du pays, où les contrôles gouvernementaux restent faibles.
Le tramadol, une arme économique et militaire
Le trafic de tramadol s’ajoute à ce tableau. Acheminé depuis la République démocratique du Congo par voie fluviale, ce stupéfiant est redistribué dans tout le pays à des prix exorbitants. Les mercenaires de Wagner supervisent cette logistique, écoulant le produit non seulement en République centrafricaine, mais aussi vers les nations voisines.
Leur clientèle ne se limite pas aux civils. Selon les observateurs, ils fournissent également le tramadol aux membres de la garde présidentielle, à la milice des “Requins” — une unité armée patrouillant autour de la capitale — ainsi qu’aux mineurs d’or travaillant pour eux. “Cette substance leur donne plus de courage au combat”, expliquent des experts. Les forces pro-russes et les opposants ciblés lors des opérations de contre-insurrection en font également usage.
Cette stratégie ne se limite pas à l’économie. Elle sert aussi des objectifs politiques et sécuritaires, renforçant la mainmise de Wagner sur les institutions locales. Une situation qui inquiète les analystes, craignant une expansion de ces réseaux vers d’autres zones instables, notamment au Soudan, où les Forces de soutien rapide pourraient faciliter ces échanges.
Un pays sous emprise
La République centrafricaine cumule tous les ingrédients pour attirer des acteurs comme Wagner : des ressources naturelles abondantes, une instabilité politique chronique et une faible présence des autorités internationales. Ces conditions facilitent les activités illicites et permettent à des groupes armés de prospérer en toute impunité.
Le Groupe Wagner, en combinant trafic de drogue, exploitation minière et contrôle des institutions, impose sa loi dans un pays où l’État peine à exercer son autorité. Une situation qui soulève des questions sur l’avenir de la République centrafricaine et sur les moyens de contrer cette influence grandissante.
