Le Bénin peut-il éviter les pénuries de carburant avec 3 à 6 mois de stocks ?

Écouter cet articleEnviron 5 min

Le Bénin peut-il éviter les pénuries de carburant avec 3 à 6 mois de stocks ?

Avec des réserves stratégiques couvrant désormais trois à six mois de consommation, le gouvernement béninois écarte le risque de pénurie de carburant, malgré les tensions persistantes observées dans certaines stations-service. Le porte-parole exécutif, Wilfried Léandre Houngbédji, a confirmé ce dimanche l’amélioration significative des stocks disponibles, passant d’un mois à un trimestre voire un semestre d’autonomie. Mais cette annonce suffit-elle à rassurer les automobilistes et les professionnels en ces temps d’incertitude économique ?

Wilfried Léandre Houngbédji a notamment évoqué une redistribution de la demande vers le réseau formel, alimentée par la hausse des prix dans le circuit informel. Une stratégie qui soulève des questions sur la résilience du système pétrolier béninois face aux fluctuations du marché.

Pompe à essence au Bénin

Des stocks stratégiques en forte progression

Les annonces de Wilfried Léandre Houngbédji marquent un tournant dans la gestion des réserves de carburant au Bénin. Les stocks, autrefois limités à un mois de consommation, couvrent aujourd’hui entre trois et six mois grâce à une politique proactive d’approvisionnement. Cette évolution témoigne d’une anticipation des besoins et d’une adaptation aux aléas du marché international.

Le porte-parole du gouvernement a souligné que cette marge de sécurité permet de faire face aux imprévus, qu’ils soient économiques ou logistiques. Une démarche saluée par certains acteurs du secteur, qui y voient une preuve de la maturité croissante du système pétrolier national.

Quelles sont les causes des tensions dans les stations-service ?

Malgré l’abondance des réserves, des files d’attente persistent devant plusieurs stations-service, notamment dans le nord du pays. Le gouvernement béninois en attribue la cause à un transfert massif de la demande vers le circuit formel. En effet, près de 70 % des consommateurs s’approvisionnent traditionnellement sur le marché parallèle, où les prix sont souvent plus attractifs.

Lorsque le « kpayo » (essence informelle) devient plus onéreux que le carburant en station, une partie de cette clientèle migre vers le réseau officiel, saturant ainsi les sites de distribution. Un phénomène qui illustre la vulnérabilité du marché face aux variations de prix et à la dépendance au marché informel.

Une réunion d’urgence pour stabiliser l’approvisionnement

Face à cette situation, le ministère du Commerce intérieur a convoqué en urgence les acteurs de la filière pétrolière le 14 octobre à Cotonou. L’objectif ? Renforcer les livraisons et normaliser l’approvisionnement sur l’ensemble du territoire en moins de 48 heures. Une décision qui reflète la volonté des autorités de garantir un accès équitable au carburant pour tous les Béninois.

Les distributeurs et gestionnaires de stations ont été invités à accélérer la rotation des stocks et à optimiser leur logistique pour répondre à la demande accrue. Une mission d’autant plus complexe que les tensions sur les prix du brut à l’échelle mondiale rendent l’équation particulièrement délicate.

Un prix officiel maintenu pour protéger les ménages

Le maintien du prix officiel de l’essence à 725 FCFA le litre s’inscrit dans une logique de stabilisation des coûts pour les consommateurs. Selon Wilfried Léandre Houngbédji, cet arbitrage a été décidé par l’exécutif pour limiter l’impact de la conjoncture internationale sur le pouvoir d’achat des ménages.

Cette mesure, bien que saluée par une partie de la population, place les opérateurs pétroliers sous pression. Le gouvernement les appelle à compenser cette marge réduite par un service accru et une gestion rigoureuse des stocks. Un équilibre subtil entre accessibilité et viabilité économique du secteur.

Quelles perspectives pour l’avenir des carburants au Bénin ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la pérennité de cette stratégie. Plusieurs scénarios se dessinent :

  • Un retour progressif à la normale si les prix du marché informel se stabilisent ou si les stocks continuent de se reconstituer.
  • Une aggravation des tensions en cas de nouvelle hausse des prix internationaux ou de perturbation des approvisionnements.
  • Une refonte du système si les autorités décident de renforcer le contrôle du marché informel ou d’investir dans de nouvelles infrastructures de stockage.

En attendant, les Béninois doivent composer avec une situation où les stocks ne suffisent plus à rassurer totalement. La résilience du système dépendra autant des décisions politiques que de la capacité des acteurs locaux à s’adapter à un marché en constante évolution.

Flux RSS & XMLFlux de syndication ouvert et libre d'accès via RSS / XML

A propos Harouna Traoré

Journaliste
Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés