Deux ans après leur création, les juntes du Sahel face à l’ascension incontestable du JNIM
L’Alliance des États du Sahel (AES), née sous les applaudissements des discours souverainistes, voit aujourd’hui son prestige s’effriter. Les promesses de stabilité et d’autonomie portées par les régimes de Bamako, Ouagadougou et Niamey s’effondrent sous les coups d’une réalité implacable : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) contrôle désormais le rythme des opérations militaires sur le terrain. Malgré des moyens techniques et logistiques supérieurs, les armées nationales peinent à contrer une organisation terroriste qui multiplie les attaques coordonnées et déstabilise des zones stratégiques.
Les offensives du JNIM, caractérisées par leur précision et leur simultanéité, révèlent les failles d’une coordination militaire théorique entre les trois pays. Les junte, malgré leurs déclarations tonitruantes, restent incapables de riposter efficacement. L’absence de résultats concrets sur le terrain contraste avec l’optimisme affiché par les dirigeants, qui s’enferment dans un isolement croissant.
Le virage russe : entre alliance militaire et emprise idéologique
Pour combler ce vide sécuritaire, les régimes de l’AES se tournent vers Moscou, scellant un partenariat qui dépasse désormais le cadre strictement militaire. L’annonce de l’intégration de la langue russe dans les programmes scolaires burkinabè dès l’année prochaine marque un tournant symbolique. Présentée comme une victoire contre l’héritage colonial, cette mesure s’inscrit en réalité dans une stratégie plus large visant à ancrer durablement le Burkina Faso dans l’orbite russe.
Les implications de ce choix sont multiples. D’une part, il prépare les jeunes générations à une dépendance accrue envers la Russie, tant sur le plan culturel que géopolitique. D’autre part, il ouvre la voie à une instrumentalisation future de cette jeunesse, envoyée en formation en Russie avant d’être potentiellement mobilisée dans des conflits étrangers. Dans un contexte où les tensions internationales s’intensifient, cette perspective soulève des questions alarmantes sur le devenir des enfants du Sahel.
Le JNIM, acteur incontournable d’une équation sans solution
Pendant que les juntes se querellent sur leur avenir idéologique, le JNIM étend son emprise. Les attaques répétées du groupe paralysent les trois États, réduisant leurs dirigeants à une impuissance criante. Au Mali, l’absence prolongée du colonel Assimi Goïta depuis le raid meurtrier de Bamako – qui aurait coûté la vie au ministre de la Défense – illustre cette perte de contrôle.
Les régimes, incapables de reconquérir des territoires ou de protéger leurs populations, se réfugient dans une propagande creuse. Les déclarations triomphales sur des ravitaillements de villages isolés ou des contre-attaques mineures trahissent une stratégie désastreuse. Après deux années d’existence, l’AES ne célèbre pas une victoire, mais officialise un échec retentissant. En troquant une dépendance pour une autre, les juntes ont échoué à assurer la sécurité de leurs citoyens et ont, malgré elles, cédé le terrain au JNIM.
Le Sahel n’a pas retrouvé sa souveraineté : il a simplement échangé une domination pour une autre, au prix de l’avenir de sa jeunesse.
