
Les Forces de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement séparatiste majeur, ont récemment intensifié leurs actions au Mali. Ce week-end, le groupe a lancé une deuxième offensive militaire d’envergure, en collaboration avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), pour reprendre le contrôle de vastes zones du nord et du centre du pays, actuellement sous l’autorité des forces gouvernementales maliennes.
Cette nouvelle poussée militaire survient moins de deux mois après une série d’attaques coordonnées, menées par le FLA et le JNIM, un groupe lié à Al-Qaïda. Le 25 avril, ces assauts ont frappé simultanément le nord, le centre et le sud du Mali, démontrant une capacité d’action étendue sur le territoire.
Les répercussions de ces attaques ont été ressenties jusqu’à Kati, un bastion stratégique pour le pouvoir militaire malien. Le gouvernement d’Assimi Goïta a été ébranlé, avec la perte tragique du ministre de la Défense, Sadio Camara, et les blessures graves infligées au chef des services de renseignement, Modibo Koné.
La ville de Kidal, hautement symbolique, avait été initialement reprise par le FLA. Elle représentait un succès militaire majeur pour l’armée malienne et les troupes du Corps des forces russes pour l’Afrique (AFRICC) après sa capture en 2023. Toutefois, l’armée malienne a annoncé avoir récupéré le contrôle de la ville après une contre-offensive rapide suite aux événements du 25 avril.
Des informations diffusées sur les réseaux sociaux et dans les blogs spécialisés en sécurité au Sahel font état d’une nouvelle mobilisation significative du FLA. Le groupe recruterait activement des habitants dans le nord du Mali en prévision de cette offensive imminente, soulignant l’instabilité persistante dans la zone Sahel.
Face à cette menace, les autorités maliennes ont réagi le 4 juin en offrant une récompense totale de 12,4 millions de dollars. Cette somme est destinée à toute personne fournissant des informations permettant l’arrestation ou la neutralisation des hauts dirigeants du JNIM et du FLA.
En parallèle, l’armée malienne et l’Africa Corps ont intensifié leurs opérations dans le nord du pays. Des investissements considérables sont également réalisés pour moderniser l’équipement militaire, dans le but de renforcer les capacités de défense face à de futures attaques et de stabiliser la région du nord du Mali.
Qui compose les Forces de libération de l’Azawad (FLA) ?
Les Forces de libération de l’Azawad (FLA) ont vu le jour le 30 novembre 2024 à Tinzaouatene, une localité stratégique du nord du Mali, près de la frontière algérienne. Ce mouvement est le fruit de la fusion de divers groupes armés séparatistes, composés majoritairement de Touaregs et d’Arabes maliens, tous unis par l’objectif commun de l’indépendance de l’Azawad.
L’Azawad est une région historique et culturelle du nord du Mali, s’étendant entre les villes de Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka. C’est en 2012 que le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’un des groupes fondateurs des FLA, a proclamé cette zone comme un État indépendant.
Les FLA s’inscrivent dans la continuité d’une coalition précédente, le Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PDA), qui elle-même regroupait plusieurs entités séparatistes.
Parmi les organisations qui ont contribué à la formation des FLA, on retrouve le MNLA, le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA), des factions rebelles du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), ainsi que le Groupe d’autodéfense touareg imghadien et ses alliés (Gatia), bien que ce dernier ait été initialement pro-gouvernemental.
L’histoire de l’unité touarègue et de ses aspirations remonte à 1988, avec la création en Libye du Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA). Ce mouvement fut fondé par des exilés algériens et libyens, sous l’égide d’Iyad Ag Ghali, qui est aujourd’hui le chef du JNIM, soulignant les liens historiques et les évolutions idéologiques au sein de ces groupes armés au Sahel.
À la tête des FLA se trouve Bilal Ag Acherif. Né à Kidal en 1977, il exerce une influence déterminante sur la direction politique et la gouvernance du mouvement. Son bras droit, Alghabass Ag Intalla, occupe le poste de chef militaire des FLA, avec des responsabilités spécifiques en matière de réconciliation et de gestion des relations avec le JNIM. Alghabass Ag Intalla est le fils du chef traditionnel Ifoghas, Intallah Ag Attaher, décédé en 2014.
Mohamed Ramadane assure la fonction de porte-parole officiel du groupe, communiquant les positions et les actions des FLA.
Les aspirations du FLA : vers une indépendance de l’Azawad

Depuis l’indépendance du Mali en 1960, certaines communautés arabes et touarègues du nord ont exprimé leur opposition au gouvernement central, menant à des rébellions armées notables en 1962, de 1990 à 1996, et plus récemment en 2012. Ces tensions historiques sont au cœur de la quête d’indépendance de l’Azawad.
L’objectif fondamental des FLA est la création d’une « République de l’Azawad ». Ce projet vise à établir un foyer autonome pour les quelque deux millions de Touaregs dispersés à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord, une diaspora résultant de la fragmentation territoriale héritée de l’ère coloniale.
Les FLA dénoncent une marginalisation systémique de la part du gouvernement malien, tant sur les plans politique, économique que culturel. Cette accusation est étayée par le contraste frappant entre la richesse potentielle du nord du Mali et le manque criant d’investissements.
En effet, les régions septentrionales du Mali regorgent de ressources naturelles précieuses, telles que le sel, l’uranium, l’or, les diamants et les phosphates. Malgré ce potentiel, elles souffrent d’un sous-investissement chronique dans les infrastructures essentielles comme les écoles, les centres de santé, l’approvisionnement en eau et en électricité, ainsi que les réseaux routiers.
Bilal Ag Acherif, le président des FLA, a récemment réaffirmé la légitimité de ce combat pour l’indépendance. Il a souligné que l’Azawad a été « annexé au Mali sans considération pour son histoire en tant que civilisation indépendante », renforçant ainsi la rhétorique autonomiste.
Le gouvernement malien, de son côté, a publiquement accusé l’Algérie et la Mauritanie de soutenir les FLA. Il est à noter que l’Algérie avait joué un rôle de médiateur lors des accords d’Alger en 2015, un pacte signé entre Bamako et les groupes armés du nord, mais que le Mali a dénoncé en janvier 2024. D’autres pays, comme l’Ukraine et la France, ont également été pointés du doigt pour leur soutien présumé à la cause des FLA.
Le nombre exact de combattants des FLA reste difficile à établir. Cependant, Mohamed Ramadane, porte-parole du groupe, a affirmé que le mouvement dispose d’une « forte présence militaire s’étendant de la frontière mauritanienne à la frontière algérienne ». Les principaux camps des FLA seraient localisés près de la frontière algérienne, notamment dans des zones clés comme Kidal et Tinzaouatine.
Sur le plan tactique, entre 2024 et 2025, les FLA ont eu recours principalement à des drones kamikazes lors de leurs opérations. Le groupe diffuse également régulièrement des images de ses combattants, lourdement armés de fusils, se déplaçant en longs convois de pick-up à travers les étendues désertiques, illustrant leur capacité à opérer dans la zone Sahel.
L’évolution des liens entre le FLA et le JNIM
Iyad Ag Ghali, l’actuel chef du JNIM, a lui-même été une figure influente de la rébellion touarègue avant de s’orienter vers des groupes islamistes radicaux à la fin des années 1990. Cependant, les relations contemporaines entre le JNIM et les Forces de libération de l’Azawad (FLA) ont commencé à se dessiner à la mi-2024.
En mai 2024, Alghabass Ag Intalla aurait annoncé que le CSP-DPA, prédécesseur des FLA, avait initié des pourparlers en vue d’un rapprochement avec le JNIM. Par la suite, Mohamed Ramadane, porte-parole des FLA, a précisé qu’un « pacte tacite de non-agression » avait été conclu entre les deux entités.
Plus tard, en juillet 2024, cette collaboration s’est manifestée de manière sanglante lors de la bataille de Tinzaouatene. Le CSP-DPA, avec le soutien du JNIM, a infligé de lourdes pertes aux soldats maliens et aux mercenaires russes du groupe Wagner, tuant des dizaines d’entre eux. Ironiquement, le groupe armé a reproché par la suite aux FLA de ne pas avoir suffisamment reconnu les « sacrifices et la générosité » du JNIM durant ces combats.
En mars 2025, des médias maliens ont rapporté qu’à l’issue de pourparlers tenus fin février, les deux groupes avaient convenu de mener des opérations conjointes contre l’armée malienne et les troupes russes. Ce partenariat a été officiellement reconnu par les deux parties après les attaques d’avril à travers le Mali, marquant une étape cruciale dans leur alliance.
Les FLA ont présenté cet accord comme une « convergence stratégique » essentielle pour renverser le gouvernement militaire malien. De son côté, le JNIM a déclaré que cette collaboration était devenue possible après que les Touaregs aient manifesté leur acceptation de « l’instauration de la charia ».
Bilal Ag Acherif a expliqué sur la chaîne Al Arabiya Al Hadath que les FLA et le JNIM opèrent dans la même région et font face à un ennemi commun. Il a reconnu l’existence de « divergences idéologiques », mais a souligné que des « solutions locales » étaient en discussion pour les surmonter.
Malgré cette alliance tactique dans le nord du Mali, la pérennité de ce partenariat reste incertaine, compte tenu des différences idéologiques profondes et des objectifs distincts poursuivis par les deux groupes.
