Interdiction des rassemblements en RDC : une mesure sanitaire avant un mouvement politique
Les autorités congolaises ont décidé de restreindre les rassemblements publics à Kinshasa ainsi que dans trois autres provinces. Cette décision, motivée par la lutte contre la propagation de l’épidémie d’Ebola, survient à moins d’une semaine d’un appel à manifester contre le président Félix Tshisekedi.

Le gouvernement de la République démocratique du Congo a officiellement interdit les rassemblements de masse à Kinshasa et dans trois provinces voisines. Cette mesure, communiquée par le ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani, vise à limiter la propagation de l’épidémie d’Ebola, déclarée le 15 mai dernier. Selon les derniers bilans, 360 décès et 1 274 cas ont été recensés depuis le début de l’épidémie.
Alors que les régions du nord-est restent les plus affectées, aucun cas de transmission n’a été signalé dans la capitale, Kinshasa, qui compte plus de 17 millions d’habitants. Le texte ministériel exige des autorités locales qu’elles interdisent les «attroupements de masse» afin de «prévenir toute contamination liée au virus Ebola». Cependant, aucune mention explicite n’est faite concernant la manifestation prévue le 8 juillet.
Un contexte politique explosif
Cette restriction intervient dans un climat politique particulièrement tendu. Une réforme constitutionnelle, actuellement en discussion au Parlement, pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Actuellement, la Constitution limite les mandats présidentiels à deux. Pour l’opposition, cette initiative représente un coup d’État constitutionnel.
Adoptée à une large majorité par le Parlement, cette réforme attend désormais la signature présidentielle. Le 12 juin, une précédente manifestation contre ce projet de loi avait été violemment réprimée à Kinshasa. Des heurts entre opposants, militants pro-gouvernementaux et forces de l’ordre avaient fait plusieurs blessés, et les Nations unies avaient confirmé la mort d’«au moins un manifestant».
Malgré l’interdiction des rassemblements, l’opposition maintient sa mobilisation pour le 8 juillet, exigeant la démission de Félix Tshisekedi. Interpellé à ce sujet, le ministre de l’Intérieur a qualifié cet appel de «haute trahison».
