Interdiction des motos au Mali : une mesure sécuritaire aux conséquences économiques majeures
Depuis le 3 juin, les motos de 125 cm³ ou plus ne peuvent plus circuler hors des principales villes maliennes. Bamako a également suspendu leur importation, leur vente et leur distribution pour une période d’un an, renouvelable. Cette décision, motivée par des raisons de sécurité nationale, s’inscrit dans un contexte où ces engins jouent un rôle clé tant pour les civils que pour les activités économiques du pays.
- Mobilité

Le gouvernement malien a pris l’une des mesures les plus strictes des dernières années en matière de mobilité civile. Désormais, les motos de 125 cm³ et plus sont interdites de circulation en dehors des grandes agglomérations comme Bamako, les capitales régionales et les chefs-lieux de cercle ou d’arrondissement. L’arrêté interministériel, signé par les ministres de la Défense, de la Justice, de la Sécurité, de l’Administration territoriale et des Transports, s’applique sans délai. Les autorités locales se réservent le droit d’étendre ces restrictions selon l’évolution de la menace terroriste.
Cette décision fait suite à une série d’attaques coordonnées survenues fin avril, touchant Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Ces offensives, attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et au Front de libération de l’Azawad, ont mis en lumière l’utilisation systématique des motos par les groupes armés. Ces engins, bon marché et adaptés aux pistes du Sahel, leur permettent de mener des opérations rapides, de transporter du matériel ou de semer la confusion avant de disparaître.
Une arme à double tranchant pour la sécurité nationale
Si la mesure vise à limiter les capacités logistiques des groupes armés, elle n’est pas sans conséquences pour les civils. Dans de nombreuses régions du Mali, notamment au nord et au centre, la moto est devenue le principal moyen de transport. Elle sert aux déplacements quotidiens, à l’agriculture, à l’accès aux soins ou encore au commerce. Les petites entreprises de transport, les mécaniciens et les revendeurs de pièces détachées dépendent largement de ce marché.
Un coup dur pour l’économie locale
L’interdiction ne se limite pas à la circulation. Bamako a également gelé, pour une année renouvelable, l’importation, la vente, la commercialisation et même la distribution gratuite des motos de 125 cm³ et plus, ainsi que leurs accessoires. Les commerçants disposent de 90 jours pour déclarer leurs stocks sous peine de saisie. Cette mesure touche directement les secteurs du transport informel, de la mécanique et du commerce de pièces détachées, déjà fragilisés par l’insécurité persistante.
Les zones rurales, où les routes sont rares et les transports publics quasi inexistants, seront particulièrement affectées. Dans ces régions, la moto représente souvent le seul lien avec les marchés, les centres de santé ou les écoles. Son absence pourrait aggraver les difficultés d’accès aux services essentiels et freiner l’activité économique des populations locales.
Cette réglementation s’aligne sur des mesures similaires déjà mises en place au Niger et au Burkina Faso, où des restrictions partielles de circulation avaient été instaurées dans les zones sous forte pression terroriste. Pour le Mali, l’enjeu est de taille : concilier impératifs sécuritaires et préservation des moyens de subsistance d’une population déjà profondément éprouvée.
