Gabon : vers une explosion des échanges commerciaux en Afrique ?

L’avenir économique du Gabon pourrait bien se jouer à l’échelle du continent. Lors d’une réunion du Conseil des ministres tenue à Libreville, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a clairement indiqué que le développement du commerce intra-africain devait devenir une priorité absolue pour son gouvernement. Cette orientation stratégique vise à diversifier l’économie gabonaise, aujourd’hui fortement dépendante du pétrole, du manganèse et du bois. L’objectif affiché ? Transformer cette ambition en actions concrètes, avec des résultats mesurables et un calendrier précis.

Une volonté présidentielle ferme et des attentes immédiates

Le chef de l’État gabonais n’a laissé aucune ambiguïté : le temps des déclarations est révolu. Les ministres concernés, notamment ceux chargés du Commerce, de l’Économie, des Transports et des Affaires étrangères, sont désormais tenus de rendre des comptes sur des avancées tangibles. Cette pression accrue s’inscrit dans une dynamique déjà observée depuis le début de la transition politique en août 2023, où la performance gouvernementale est devenue un mantra.

Plusieurs axes de travail ont été identifiés pour concrétiser cette feuille de route. Parmi eux, la simplification des procédures douanières, l’élimination des barrières non tarifaires, la modernisation des réseaux logistiques et le renforcement des exportations gabonaises vers les marchés d’Afrique centrale, de l’Ouest et australe. Le secteur industriel local, encore en développement, devra également s’adapter aux exigences croissantes des consommateurs africains en matière de qualité et de traçabilité.

Le commerce intra-africain, un levier de souveraineté économique

Pour Libreville, cette stratégie s’inscrit dans une vision géoéconomique ambitieuse. Le Gabon mise sur les échanges intra-africains comme un rempart face aux fluctuations des cours des matières premières, tout en cherchant à renforcer son autonomie. Pourtant, les chiffres rappellent l’ampleur du défi : selon les données de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, seulement 15 à 16 % du commerce africain se fait entre pays du continent, contre plus de 60 % en Europe ou en Asie. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), opérationnelle depuis 2021, offre une opportunité historique pour combler cet écart structurel.

Au-delà de l’aspect économique, cette orientation diplomatique permet au Gabon de renforcer son influence régionale. En plaidant pour une intégration continentale renforcée, le président Oligui Nguema cherche à ancrer son action dans une perspective de long terme, tout en consolidant les liens avec ses partenaires au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Des obstacles persistants à surmonter sans délai

Malgré l’enthousiasme affiché, la mise en œuvre de cette politique se heurte à des défis majeurs. Le déficit d’infrastructures de transport entre le Gabon et ses voisins, les lourdeurs administratives, le coût élevé de l’énergie et la faible compétitivité de certaines filières freinent considérablement les ambitions du pays. Les acteurs économiques locaux soulignent régulièrement les difficultés d’accès aux marchés régionaux, malgré les cadres juridiques existants pour faciliter les échanges.

Pour que cette stratégie ne reste pas lettre morte, une collaboration étroite entre le gouvernement et le secteur privé s’impose. Chambres de commerce, fédérations professionnelles et opérateurs portuaires devront être associés à l’élaboration d’une feuille de route réaliste. Sans cette synergie, le risque est grand de voir les annonces présidentielles se perdre dans des promesses sans lendemain. À ce jour, aucun calendrier détaillé n’a été dévoilé concernant les premières étapes concrètes attendues de l’exécutif.

Le défi est de taille : transformer une volonté politique en résultats économiques concrets. La capacité du gouvernement gabonais à concrétiser ces ambitions dans les mois à venir sera étroitement observée par les acteurs économiques et les partenaires régionaux du pays.