Après une période de discrétion, Dieudonné Minlama Mintogo, figure de l’opposition gabonaise, a choisi de s’exprimer publiquement pour adresser une mise en garde aux nouvelles autorités. L’ancien candidat à la présidentielle de 2016 identifie la menace majeure pesant sur la Ve République non pas dans les sphères économique ou institutionnelle, mais dans le domaine politique : celle de voir le mandat populaire dont bénéficie Brice Clotaire Oligui Nguema se muer en un simple projet partisan.
Ayant observé une certaine réserve depuis les événements d’août 2023 et le retour à l’ordre constitutionnel, Dieudonné Minlama Mintogo revient sur le devant de la scène avec une analyse qui devrait susciter le débat au sein de la classe politique gabonaise. Il estime que le président Brice Clotaire Oligui Nguema est investi d’un mandat d’une envergure exceptionnelle, dont la portée dépasse largement les frontières d’une formation ou d’un courant politique spécifique.
Avec un score impressionnant de plus de 94 % des suffrages exprimés lors du scrutin présidentiel, le chef de l’État jouit, selon Minlama, d’une légitimité rarement observée dans l’histoire politique contemporaine du Gabon. Une légitimité qui, par sa nature même, implique des responsabilités d’une importance capitale.
Un soutien national et non partisan
Pour Dieudonné Minlama, le plébiscite en faveur du président de la République ne saurait être interprété comme un triomphe pour une unique entité politique. Il y voit plutôt la matérialisation d’un vaste élan d’espoir national, né des bouleversements du 30 août 2023 et renforcé par la restauration de la légalité constitutionnelle. « La dérive à éviter est de convertir le mandat du peuple en une démarche partisane », insiste-t-il.
Cette déclaration révèle une préoccupation croissante : celle de l’éventuel rétrécissement progressif de l’espace politique autour d’un cercle restreint d’acteurs. Une telle évolution risquerait d’exclure un grand nombre de citoyens, de responsables politiques, de membres de la société civile et de personnalités qui ont pourtant apporté leur soutien à la Transition ou accompagné le processus de refondation nationale.
Le danger d’une gouvernance à plusieurs vitesses
L’ancien prétendant à la magistrature suprême souligne que la force intrinsèque du projet incarné par Brice Clotaire Oligui Nguema résidait précisément dans sa capacité à transcender les divisions traditionnelles. Selon lui, la Transition a rallié des sensibilités diverses, toutes unies par un objectif commun : clore le chapitre des fractures passées.
Dans cette optique, toute logique d’exclusion pourrait sérieusement compromettre l’élan de rassemblement qui a caractérisé l’avènement de la Ve République. Pour Dieudonné Minlama, le défi majeur des années à venir sera donc de maintenir cet esprit d’unité nationale en instaurant une gouvernance inclusive, capable d’intégrer les diverses compétences du pays, au-delà des affiliations partisanes.
Maintenir l’esprit du 30 août
Au fond, le message de l’ancien opposant résonne comme un pressant appel à la vigilance. Si le président Oligui Nguema a obtenu un soutien exceptionnel, c’est précisément parce qu’il a été perçu comme le catalyseur d’un rassemblement national, et non comme le représentant d’un seul camp.
À ses yeux, le succès ou l’échec de la Ve République dépendra en grande partie de la capacité des autorités à préserver cette dynamique inclusive. Un avertissement qui se veut un rappel : les 94 % des suffrages obtenus constituent moins un capital politique à exploiter qu’une responsabilité historique à endosser.
