Gabon : convertir la richesse minière en levier de développement local

Économie

Gabon : convertir la richesse minière en levier de développement local

Libreville — Le Gabon écrit une nouvelle page de son histoire minière. En transformant une partie de sa rente pétrolière et minière en investissements ciblés, le pays rompt avec le modèle traditionnel où les richesses du sous-sol profitaient davantage aux acteurs internationaux qu’aux populations locales.

Depuis 2026, vingt pour cent des redevances minières perçues par l’État gabonais sur l’exploitation du manganèse, principal minerai du pays, sont désormais reversés au Fonds pour le Développement des Territoires Miniers. Ce mécanisme, renforcé par une taxe spécifique sur les carrières exploitées par la Comilog — filiale du groupe français Eramet — permet de financer directement des projets dans les zones productrices.

Cette refonte de la gouvernance minière place le Gabon à l’avant-garde des pays africains cherchant à transformer leur modèle extractif. L’enjeu ? Éviter que les régions minières, bien que riches en ressources, ne restent à l’écart du développement socio-économique.

Mettre fin à la malédiction des ressources naturelles

Le paradoxe des pays riches en minerais est bien connu : malgré des réserves considérables, les populations locales peinent à en bénéficier. Le Gabon, deuxième exportateur mondial de manganèse de haute qualité, ne fait pas exception. Pendant des décennies, les communautés de Franceville, Moanda ou encore Okondja ont subi les externalités négatives de l’exploitation sans en retirer les fruits escomptés.

La réforme du Code minier, entamée en 2019 et consolidée par un accord historique avec Comilog en 2020, marque un tournant. Pour la première fois, une partie des recettes minières est directement allouée aux territoires concernés, indépendamment des priorités nationales. Une avancée majeure qui s’inspire des modèles du Botswana ou du Canada, où le partage équitable des bénéfices miniers a permis de renforcer la cohésion sociale.

Une gestion tripartite pour maximiser l’impact

La mise en œuvre de ce dispositif repose sur une collaboration étroite entre l’État, les collectivités locales et l’opérateur minier. Deux instances assurent le pilotage : le Comité Stratégique de Partage, qui fixe les grandes orientations, et le Comité d’Exécution Territoriale, chargé de superviser les projets sur le terrain. Ce cadre garantit que les investissements répondent aux besoins réels des populations.

Les domaines prioritaires sont multiples : infrastructures scolaires et sanitaires, accès à l’eau potable, électrification des villages, soutien à l’entrepreneuriat local et formation professionnelle. Les premiers bilans sont encourageants : entre 2020 et 2025, vingt-six projets communautaires ont été réalisés, pour un budget total de 8,5 milliards de francs CFA, profitant à près de 240 000 habitants des bassins miniers.

Dans un pays où la population totale avoisine les trois millions d’habitants, ces chiffres illustrent l’ampleur du changement en cours.

Vers un nouveau paradigme minier en Afrique

La demande mondiale en minerais stratégiques explose, portée par la transition énergétique et les technologies vertes. Le manganèse, indispensable à la fabrication des batteries, figure parmi les ressources les plus recherchées. L’Afrique centrale, et le Gabon en particulier, détient une part majeure de ces réserves.

La vraie question n’est plus de savoir combien de minerais seront exportés, mais quelle part de cette richesse sera réinvestie localement. Comilog s’engage dans cette voie en soutenant des initiatives visant à diversifier l’économie locale, à travers la création de PME et la formation des jeunes aux métiers de demain.

Si cette dynamique se poursuit, le Gabon pourrait devenir un modèle continental. Car aujourd’hui, la légitimité d’une industrie minière ne se mesure plus seulement à l’aune de ses exportations, mais à son capacité à bâtir des écoles, à créer des emplois durables et à offrir de nouvelles perspectives aux générations futures.