Gabon : cinq mois sans réseaux sociaux, une mesure aux conséquences lourdes
Depuis le 17 février 2026, les Gabonais naviguent dans un espace numérique coupé du monde. Les réseaux sociaux restent inaccessibles sans l’utilisation d’un VPN, et ce, depuis déjà cinq mois. Une décision annoncée par la Haute Autorité de la Communication (HAC) sous prétexte de lutter contre la désinformation et les discours de haine. Pourtant, le flou persistant autour des conditions de rétablissement des plateformes soulève des interrogations croissantes. Le « jusqu’à nouvel ordre » employé par les autorités ressemble de plus en plus à une mesure durable, plongeant la population et les acteurs économiques dans une incertitude paralysante.
Cette coupure prolongée ne se limite pas à une simple restriction technique. Elle impacte profondément l’économie locale, déjà fragilisée. Les médias en ligne, les créateurs de contenus, les commerçants en ligne et les petites entreprises, tous dépendaient de ces plateformes pour promouvoir leurs activités. Dans un pays où le chômage structurel et les difficultés économiques pèsent lourdement, cette suspension prive des milliers de Gabonais d’une source vitale de revenus. Même les institutions publiques et les représentations diplomatiques, qui avaient adopté ces réseaux comme outils de communication, se retrouvent aujourd’hui privées de cet espace d’échange devenu indispensable.
Un cadre juridique renforcé, mais des questions persistantes
Sur le papier, le gouvernement gabonais a renforcé le cadre légal pour encadrer l’espace numérique. Deux ordonnances ont été adoptées : l’une élargissant les pouvoirs de la HAC, l’autre définissant un nouveau régime pour l’utilisation des réseaux sociaux. Ces textes visent à sanctionner les abus en ligne sans pour autant priver l’ensemble de la population de l’accès aux plateformes. Pourtant, l’absence de calendrier clair pour lever les restrictions laisse planer un doute : pourquoi maintenir une mesure aussi générale si des outils juridiques existent pour agir de manière ciblée ?
Cette situation prolongée alimente les craintes d’une restriction durable des libertés. Dans les cercles diplomatiques, des observateurs s’alarment d’un recul des libertés publiques. À l’Assemblée nationale, des élus comme Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ont dénoncé publiquement cette suspension. Dans la rue, les citoyens hésitent à s’exprimer sur des sujets d’intérêt général, par crainte de représailles. Ce climat de méfiance interroge les fondements mêmes de l’État de droit. Réguler l’espace numérique est une chose, mais le maintenir sous cloche sans perspective de retour à la normale en est une autre. Une démocratie se construit sur des règles transparentes, des institutions stables et le respect des libertés fondamentales.
