Escalade diplomatique : la France rapatrie ses représentants du Burkina Faso

Escalade diplomatique : la France rapatrie ses représentants du Burkina Faso

Le Burkina Faso, sous la direction du chef de la junte militaire Ibrahim Traoré, a officiellement annoncé la rupture de ses liens diplomatiques avec Paris. Cette décision marque une nouvelle étape dans la dégradation des relations bilatérales entre les deux nations.

Ibrahim Traoré, le 10 mai 2025, à Moscou.

En conséquence de cette rupture, l’ensemble du corps diplomatique français en poste au Burkina Faso a regagné la France « en fin de semaine dernière ». Parallèlement, le ministère français des Affaires étrangères a notifié au personnel diplomatique burkinabè qu’il devait quitter le territoire français d’ici lundi 6 juillet.

Le chargé d’affaires du Burkina Faso à Paris avait été convoqué au ministère français la semaine précédente, suite à l’annonce unilatérale du 26 juin par les autorités de Ouagadougou concernant la fin des relations diplomatiques avec la France. Dans un esprit de stricte réciprocité, il lui a été précisé que les diplomates burkinabè disposaient de sept jours pour quitter la France, soit jusqu’à ce lundi soir.

Les autorités françaises ont exprimé leur profond regret face à cette décision, la qualifiant d' »hostile et sans fondement », et y voyant une illustration de la « dérive préoccupante » des dirigeants burkinabè. La France a souligné avoir tiré toutes les conséquences de cette situation.

Le ministère français a par ailleurs catégoriquement démenti les allégations de soutien aux groupes terroristes, des accusations « complètement fausses » avancées par Ouagadougou pour justifier la rupture. La France a réaffirmé son engagement ferme dans la lutte antiterroriste et a condamné « fermement toutes les attaques terroristes, ainsi que les exactions commises à l’encontre des civils au Sahel ».

Paris a réitéré son « plein soutien aux populations, qui sont les premières victimes de la crise en cours », rappelant que l’implication de la France dans la lutte mondiale contre le terrorisme est « connue de tous » et qu’elle en a « lourdement payé le tribut ». Dans ce contexte tendu, les ressortissants français sont appelés à une vigilance accrue.

Actuellement, plus de 2 000 citoyens français sont enregistrés auprès des services consulaires au Burkina Faso, tandis que plus de 6 000 ressortissants burkinabè résident en France.

Une politique souverainiste aux répercussions diplomatiques

Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte à Ouagadougou, a instauré une politique résolument souverainiste. Cette ligne directrice se caractérise par une répression des voix critiques et une hostilité marquée envers les nations occidentales, notamment la France. Le gouvernement burkinabè accuse Paris d’un « activisme incessant » contre ses intérêts, tout en assurant que cette tension n’affecte pas les relations entre les peuples.

Dès 2023, quelques mois après la prise de pouvoir de la junte, le régime avait exigé le départ de l’ambassadeur de France à Ouagadougou, Luc Hallade. Il avait ensuite dénoncé l’accord militaire avec Paris et obtenu le retrait des forces armées françaises, longtemps engagées dans la lutte contre les groupes jihadistes qui déstabilisent le pays depuis une décennie. Le régime a depuis multiplié les critiques acerbes envers la France et s’est orienté vers de nouveaux partenaires internationaux, incluant la Russie, la Turquie et l’Iran.