En Mauritanie, le dilemme des réfugiés maliens face au conflit et à l’espoir d’un retour

Des réfugiés maliens près d’un point d’eau d’un camp de fortune à Doueinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 29 avril 2026.

« Si les mercenaires russes partent, nous retournerons chez nous » : cette déclaration de Mosso*, un des nombreux réfugiés maliens en Mauritanie, résume l’espoir fragile d’un retour au pays, ravivé par les récentes offensives contre l’armée malienne et ses alliés d’Africa Corps. Fin avril, des attaques coordonnées du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda) ont durement frappé la junte au pouvoir au Mali depuis 2020, coûtant notamment la vie au ministre de la Défense.

À Fassala, localité mauritanienne frontalière avec le Mali, les exactions des paramilitaires russes, encore désignés sous le nom de « Wagner » par les réfugiés, ont laissé des souvenirs douloureux. Ces forces appuient l’armée malienne dans sa lutte antijihadiste depuis le retrait des troupes françaises.

La présence de Wagner et ses conséquences

Sous une tente rudimentaire, Mosso, un éleveur touareg nomade de 57 ans, exprime son souhait de voir « la chute de (Assimi) Goïta », le chef de la junte malienne, qu’il tient pour responsable de l’arrivée de Wagner. Il y a seulement trois semaines, il a fui la région de Mopti, au centre du Mali, après l’enlèvement d’hommes par des individus qu’il identifie comme des paramilitaires russes. Son propre frère fut tué par des Russes un an auparavant, sous les yeux de son fils de 14 ans.

Au Mali, de nombreux civils subissent régulièrement des représailles et des exactions. Accusés de collaboration, ils sont pris entre les feux de l’armée malienne et de ses supplétifs russes, ou des groupes jihadistes. En avril, trois organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont déposé une plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) pour des violations présumées impliquant les forces armées maliennes et le groupe Wagner.

Les images de convois russes quittant Kidal, une ville stratégique du Nord malien récemment passée sous le contrôle de la rébellion touarègue, ont suscité un espoir prudent parmi les quelque 300 000 Maliens qui ont trouvé refuge dans la région du Hodh Chargui, en Mauritanie, depuis le début du conflit en 2012.

Divergences sur l’alliance FLA et Jnim

À une cinquantaine de kilomètres de la frontière, le camp de Mbera héberge aujourd’hui 120 000 réfugiés, fuyant les violences de tous les belligérants. Ahmed*, 35 ans, souhaite « le retour de la paix » et un retour au Mali. Il dénonce également la junte militaire, affirmant que « c’est à cause de Wagner que tout le monde est venu ici ». Ce Touareg a fui « l’amalgame » fait par l’armée malienne et ses supplétifs russes.

Abdallah*, un réfugié touareg de 77 ans, se montre moins optimiste face à la récente offensive rebelle. « Je suis très loin d’être content que le FLA ait repris Kidal », confie-t-il. Il critique l’alliance entre le FLA et les jihadistes, déclarant : « Pour moi, le Jnim, c’est un mouvement terroriste. Leur objectif ne colle pas du tout avec notre idéologie de musulmans modérés, de musulmans pacifistes ».

Les blocus imposés par les jihadistes du Jnim sur plusieurs localités maliennes depuis octobre dernier ont provoqué un nouvel afflux de réfugiés vers la Mauritanie, près de 14 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

La Mauritanie face à un potentiel nouvel exode

Les récentes hostilités au Mali font craindre aux organisations humanitaires un nouvel afflux de réfugiés dans cette région désertique où les ressources sont déjà sous pression. « Nous suivons l’évolution de la situation avec une vive attention et une profonde inquiétude », alerte Omar Doukali, porte-parole du HCR en Mauritanie.

Dans un Sahel devenu l’épicentre mondial des violences jihadistes, la Mauritanie, vaste pays de 5,5 millions d’habitants, maintient une stabilité notable. Cependant, la présence de plus de 300 000 réfugiés maliens génère des tensions « sur les pâturages, sur les ressources en eau et sur l’ensemble des services de base, y compris la santé », explique Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala. Sa commune accueille 70 000 réfugiés, et il s’inquiète de l’intensification des combats au Mali voisin.

L’avenir demeure incertain. Le FLA a annoncé son intention de conquérir les grandes villes du nord du Mali, prédisant la chute de la junte au pouvoir. Tilleli*, 22 ans, avec sa petite fille d’un an dans les bras, a fui le Mali il y a un mois après le pillage et l’incendie de son village de la région de Mopti par des Russes et l’armée. « Je ne peux rentrer chez moi qu’après le départ des Wagner de mon pays », affirme-t-elle, ajoutant : « Je n’ai pas espoir qu’il y aura la paix si tôt ».