Drame au lac Tchad : des dizaines de pêcheurs nigérians victimes de frappes aériennes

Depuis plusieurs jours, l’inquiétude grandit dans le nord-est du Nigeria. Des dizaines de pêcheurs nigérians sont portés disparus et présumés morts à la suite d’opérations aériennes menées par l’armée du Tchad sur le lac Tchad. Ces frappes, débutées vendredi, visaient des positions jihadistes mais auraient lourdement touché des civils présents dans la zone.

Des soldats tchadiens patrouillent sur le lac Tchad, le 6 mai 2026. © JORIS BOLOMEY / AFP

Une offensive en réponse à l’attaque du 4 mai

L’aviation tchadienne a intensifié ses bombardements sur plusieurs îles du lac contrôlées par Boko Haram. Cette offensive fait suite à une violente incursion terroriste survenue le 4 mai contre une base militaire, où au moins 24 soldats tchadiens avaient perdu la vie. Les raids se concentrent notamment sur l’île de Shuwa, une zone stratégique située au carrefour des frontières lacustres du Nigeria, du Niger et du Tchad.

Des civils pris entre deux feux

Selon des témoins et des membres de groupes d’autodéfense, le bilan humain chez les pêcheurs est alarmant. Un responsable syndical estime qu’environ 40 personnes manquent à l’appel, craignant qu’elles ne se soient noyées lors des explosions. Ces travailleurs, originaires pour beaucoup de la ville de Doron Baga ou de l’État de Taraba, s’aventurent dans ces zones isolées riches en poissons en payant une taxe aux insurgés de Boko Haram pour obtenir un droit de passage.

Un précédent tragique en 2024

Ce n’est pas la première fois que des opérations militaires tchadiennes soulèvent des questions sur la protection des civils. En octobre 2024, une situation similaire s’était produite sur l’île de Tilma. Après une attaque ayant coûté la vie à 40 militaires, des frappes de représailles avaient été accusées d’avoir tué de nombreux pêcheurs, bien que l’état-major ait nié avoir visé des innocents.

Le lac Tchad, un bastion jihadiste persistant

Depuis 2009, l’insurrection menée par Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) a provoqué la mort de plus de 40 000 personnes et le déplacement de deux millions de civils dans la région. Pour contrer cette menace, une force multinationale mixte regroupe le Nigeria, le Tchad et le Cameroun. Toutefois, la coopération régionale a été fragilisée par le retrait du Niger de cette coalition en 2025.