Détenue depuis deux ans : le sort de l’ex-président nigérien mohamed bazoum

L’ex-président nigérien mohamed bazoum toujours privé de liberté après deux années d’arbitraire

Les autorités du Niger sont appelées à libérer sans délai l’ex-président Mohamed Bazoum, toujours retenu contre son gré deux ans après le coup d’État qui a renversé son gouvernement. La junte militaire au pouvoir, dirigée par le général Abdourahamane Tiani, maintient en effet le couple présidentiel en détention au palais de Niamey, sans accès à leur famille ni à une assistance juridique.

Une détention qualifiée d’arbitraire par la communauté internationale

Depuis le 26 juillet 2023, date du renversement de Mohamed Bazoum, celui-ci et son épouse, Hadiza Bazoum, sont privés de liberté. En 2024, la junte a levé son immunité présidentielle, ouvrant la voie à des poursuites pour « haute trahison » et « atteinte à la sûreté nationale ». Pourtant, aucune audience préliminaire n’a encore été tenue, et le procès n’a toujours pas été fixé.

Plusieurs instances internationales ont déjà condamné cette situation. En décembre 2023, la Cour de justice de la CEDEAO a ordonné sa libération immédiate, estimant sa détention arbitraire. En février 2025, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a réitéré cette exigence, qualifiant sa privation de liberté de violation du droit international.

Un procès politique aux procédures contestées

En avril 2024, les autorités nigériennes ont engagé une procédure pour lever l’immunité de Mohamed Bazoum, suivie en juin par une décision de justice nigérienne jugée non conforme aux normes internationales. La junte a immédiatement annoncé son intention de le poursuivre, mais aucune date de procès n’a été communiquée à ce jour.

Des organisations de défense des droits humains dénoncent un acharnement judiciaire motivé par des raisons politiques. Ilaria Allegrozzi, chercheuse sur le Sahel pour Human Rights Watch, souligne que « la détention prolongée de l’ex-président et les poursuites à son encontre sapent toute crédibilité à la prétention de la junte de restaurer la démocratie au Niger ».

Un climat politique marqué par la répression

Depuis le coup d’État, la junte a intensifié la répression contre l’opposition, les voix dissidentes et les médias indépendants. Plusieurs observateurs craignent que ces mesures ne visent à consolider le pouvoir militaire et à retarder indéfiniment la transition vers un régime civil. En janvier 2025, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont annoncé leur retrait de la CEDEAO, une décision qui affaiblit l’encadrement régional des droits humains.

Pour Reed Brody, membre de l’équipe juridique défendant Mohamed Bazoum, « deux années de détention sans inculpation ni procès, sans contact avec sa famille ou ses avocats, illustrent l’arbitraire et la cruauté de la junte. Malgré les condamnations internationales, il reste prisonnier d’un système qui bafoue les droits fondamentaux ».

Un enjeu régional et international

La situation de Mohamed Bazoum symbolise les dérives autoritaires qui menacent la stabilité du Sahel. Les appels à sa libération se multiplient, mais la junte nigérienne persiste dans sa politique de détention prolongée. Ilaria Allegrozzi conclut : « Chaque jour passé en détention éloigne un peu plus le Niger de l’État de droit. Le maintien de cette situation envoie un signal inquiétant à la communauté internationale ».