L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, fruit de la collaboration entre la FIDH et l’OMCT, lance une alerte urgente concernant la situation alarmante au Burkina Faso. Deux membres actifs de la société civile ont été victimes d’enlèvements et sont actuellement portés disparus.
Détails sur les disparitions d’Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé
Le mouvement « Balai citoyen », qui œuvre pour un État de droit démocratique au Burkina Faso depuis 2013, est durement touché. Amadou Sawadogo, responsable régional au sein de l’organisation, a été convoqué par les services de la sûreté de l’État à Ouagadougou le 20 mars 2025. Interrogé sur ses publications critiques sur Facebook, il a disparu le lendemain après un second rendez-vous avec les autorités.
De son côté, Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du mouvement et sociologue, a été enlevé le 30 mars 2025 devant sa résidence à Ouagadougou. L’incident s’est produit peu après son retour de Cotonou, au Bénin, où il participait à une formation sur l’activisme. Des individus armés se réclamant de la gendarmerie l’ont emmené de force. À ce jour, aucune information officielle n’a été communiquée sur leur localisation.
Une répression croissante contre la société civile burkinabè
Ces événements s’inscrivent dans une série d’actions hostiles envers le « Balai citoyen ». L’avocat Guy Hervé Kam, cofondateur du mouvement, subit un harcèlement judiciaire continu et une détention arbitraire. Par ailleurs, Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo ont été enrôlés de force dans l’armée malgré des décisions de justice ordonnant la suspension de leur réquisition.
Le secteur de la presse n’est pas épargné. Plusieurs journalistes, dont Guezouma Sanogo, Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem, Kalifara Sere, Serges Oulon et Bayala Adama, ont également été victimes d’enlèvements et restent introuvables. Cette stratégie semble viser à instaurer un climat de peur et à favoriser l’auto-censure des voix indépendantes.
L’usage détourné des décrets de réquisition
L’Observatoire dénonce l’application discriminatoire des décrets de novembre 2022 et avril 2023. Ces textes, censés organiser la mobilisation nationale, sont utilisés par les autorités militaires pour cibler les opposants et les défenseurs des droits humains. Le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées a déjà exprimé ses inquiétudes face à ces pratiques qui s’apparentent à des disparitions forcées systématiques.
Appels à l’action et revendications
Face à cette situation critique, l’Observatoire demande aux autorités du Burkina Faso de :
- Assurer la sécurité et l’intégrité physique de Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé.
- Révéler immédiatement leur lieu de détention et permettre l’accès à leurs familles et avocats.
- Mettre fin aux disparitions forcées et à l’utilisation de l’enrôlement militaire comme outil de répression politique.
- Garantir la liberté d’expression et d’association, conformément aux engagements internationaux du pays, notamment la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
Les citoyens et organisations sont invités à interpeller les autorités de la transition, notamment le Capitaine Ibrahim Traore et le Premier Ministre Jean-Emmanuel Ouédraogo, ainsi que les représentations diplomatiques du Burkina Faso à l’étranger.
