Crise au Mali : l’alliance touareg et djihadiste défie la junte et ses alliés russes

crise au Mali : l’alliance touareg et djihadiste défie la junte et ses alliés russes

Une offensive d’une ampleur inédite a secoué le Mali ce week-end, ciblant plusieurs villes stratégiques et mettant en lumière une collaboration inattendue entre les rebelles touaregs et les groupes djihadistes. Selon le chef d’état-major des forces armées maliennes, Oumar Diarra, cette attaque s’inscrit dans un « plan de déstabilisation coordonné par des acteurs internes et externes », visant à fragiliser davantage un pays déjà en proie à une instabilité chronique.

une attaque coordonnée dans sept villes maliennes

Samedi 25 avril, des groupes armés ont lancé des attaques simultanées dans sept localités clés du Mali :

  • Bamako et sa banlieue stratégique de Kati ;
  • Konna, Mopti et Sévaré, situées au centre du pays ;
  • Enfin, Gao et Kidal, dans le nord, où la situation est particulièrement critique.

Parmi les cibles visées, on compte la résidence présidentielle, le ministère de la Défense, ainsi que l’aéroport international Modibo Keïta de Bamako. Les assaillants ont utilisé des véhicules piégés, des drones kamikazes, et des engins explosifs improvisés, infligeant de lourds dégâts aux positions militaires.

Kidal tombe aux mains des insurgés

La ville de Kidal, bastion militaire au nord-ouest de la capitale, a été particulièrement touchée. Désormais entièrement contrôlée par les rebelles, cette localité stratégique symbolise l’échec des forces gouvernementales et de leurs alliés russes du Corps d’Afrique, une milice paramilitaire liée au ministère russe de la Défense. Ces derniers ont d’ailleurs annoncé leur retrait de Kidal, évoquant une décision conjointe avec Bamako pour assurer la sécurité des troupes blessées et du matériel.

Le Corps d’Afrique a revendiqué avoir neutralisé plus de 1 000 djihadistes et détruit plus de 100 véhicules, tout en maintenant le contrôle des positions stratégiques et des aéroports. Cependant, des rapports indiquent que des combattants russes auraient été blessés et évacués en urgence.

bilan humain et politique lourd

Le ministre de la Défense, Sadio Camara, a été tué lors d’un attentat-suicide visant sa résidence à Kati. L’attaque a également causé la mort de deux de ses épouses, de ses enfants et de plusieurs civils. Considéré comme le numéro deux de la junte, sa disparition marque un tournant politique majeur pour le Mali. Le chef de l’Agence nationale de sûreté de l’État, Modibo Koné, a quant à lui été blessé.

Le président de la Transition, Assimi Goïta, a été évacué vers un lieu sécurisé, mais la situation reste extrêmement tendue. Le gouvernement a instauré un couvre-feu de 72 heures à Bamako et maintenu la fermeture de l’aéroport international.

une alliance tactique entre touaregs et djihadistes

Cette offensive révèle une collaboration rare entre le Front de libération de l’Azawad (FLA) – une coalition de groupes touaregs – et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Bien que leurs objectifs diffèrent – autonomie pour les Touaregs, instauration d’un État islamique pour les djihadistes –, leur alliance s’est renforcée face à un ennemi commun : la junte militaire et ses soutiens russes.

Cette coordination s’est concrétisée dès 2024, notamment lors de la bataille de Tinzaouaten, où les deux groupes ont infligé une défaites cuisante aux mercenaires russes, avec un bilan estimé entre 20 et 80 morts. Des sources suggèrent que cette alliance bénéficie également du soutien logistique ukrainien, bien que Kiev démente toute implication directe.

réactions internationales et enjeux géopolitiques

L’offensive a déclenché une vague de réactions internationales. Le Mali a rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine, accusant Kiev de fournir un appui aux rebelles. Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de confrontation Est-Ouest en Afrique, où Moscou et Kiev s’affrontent par procuration.

Pour le Mali, cette attaque représente un défis sécuritaire et politique sans précédent, alors que le pays tente de stabiliser une transition déjà fragilisée par deux coups d’État en 2020 et 2021. La junte, sous pression, devra désormais composer avec une opposition unie et des pertes humaines et matérielles considérables.