Les tensions entre l’exécutif et le législatif au Sénégal atteignent un nouveau pic. Hier, lors de l’examen en commission technique de la proposition de loi encadrant les crédits spéciaux, les députés de la majorité présidentielle ont balayé d’un revers de main les amendements déposés par le gouvernement. Une victoire symbolique pour Ousmane Sonko, qui affiche sa fermeté face aux initiatives de Bassirou Diomaye Faye.

Un changement de stratégie qui en dit long
La présence inattendue du ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, en lieu et place de Cheikh Diba, a marqué les esprits. Ce déplacement de l’exécutif a été interprété comme une manœuvre visant à contourner les procédures habituelles. Dès son arrivée, le garde des Sceaux a émis des réserves sur la rédaction de la proposition, avant de soumettre six amendements. Une tentative de redéfinir les contours des crédits spéciaux, mais qui s’est heurtée à l’intransigeance des députés de Pastef.
Le rejet unanime des amendements gouvernementaux
Les six propositions de Me Moussa Sarr n’ont pas survécu au vote en commission. Les parlementaires ont systématiquement rejeté les amendements, ne conservant qu’une modification introduite par Alphonse Mané Sambou. Ce dernier a renforcé le contrôle parlementaire en confiant explicitement la vérification des crédits spéciaux à la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire, excluant ainsi toute ambiguïté sur la procédure.
Parmi les points de friction, l’article 1er a cristallisé les tensions. Le gouvernement souhaitait étendre l’application des crédits aux présidences de la République, de l’Assemblée nationale et de la Primature, une proposition catégoriquement rejetée par les députés. De même, la définition des crédits spéciaux, initialement limitée à la défense et à la sécurité, a été élargie par l’exécutif pour inclure des enjeux sociaux et humanitaires. Une divergence majeure qui illustre les divergences de vision entre les deux pouvoirs.
Une victoire à la Pyrrhus pour les députés ?
Malgré leur succès en commission, les parlementaires savent que la bataille n’est pas terminée. La proposition de loi doit encore passer en séance plénière la semaine prochaine. Le gouvernement, déterminé, pourrait réitérer ses amendements, forçant peut-être à nouveau l’utilisation de l’article 82. Une manœuvre que Ousmane Sonko a déjà prévenue : il s’opposera fermement à toute tentative de vote bloqué, sauf pour les projets de loi. Une position qui pourrait, une fois de plus, mener le texte devant le Conseil constitutionnel.
Le bras de fer entre l’Assemblée nationale et l’exécutif reflète une lutte plus large pour le contrôle des institutions. Entre légistique et stratégie politique, chaque camp campe sur ses positions. La semaine prochaine s’annonce décisive.
