Trois jours d’échanges intenses à Abidjan ont marqué un tournant : l’Afrique ne veut plus subir les mutations géopolitiques, mais les anticiper pour en faire des atouts. La Conférence économique africaine 2026, co-organisée par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a révélé une volonté collective de repenser le développement du continent.
Les participants, issus des sphères économique, politique et institutionnelle, ont convergé vers une idée force : l’Afrique doit désormais dicter sa propre route plutôt que de s’adapter aux aléas extérieurs. « Les défis ne manquent pas, mais notre résilience et notre créativité sont nos meilleurs atouts », a souligné un économiste présent lors des débats.
De la vulnérabilité à la souveraineté économique
Raymond Gilpin, économiste en chef du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique, a rappelé que les crises mondiales, bien que réelles, ne doivent pas occulter la capacité du continent à rebondir. « Les tempêtes économiques ne pourront jamais effacer la richesse humaine et la détermination des Africains », a-t-il déclaré. L’enjeu ? Transformer les contraintes en leviers de croissance, en accélérant les réformes et en renforçant les partenariats stratégiques.
Cette édition de la conférence a ainsi mis en lumière une nouvelle approche : passer de la résistance à l’opportunité. L’Afrique ne cherche plus à se protéger des bouleversements, mais à en faire des accélérateurs de son intégration économique et de son influence mondiale.
Repenser les politiques pour un monde interconnecté
Ida McDonnell, conseillère principale à l’OCDE, a insisté sur la nécessité de rompre avec les analyses cloisonnées. « Les enjeux du commerce, de la dette, du climat ou des finances publiques sont désormais indissociables », a-t-elle expliqué. Une vision intégrée, reposant sur une meilleure circulation des données et des savoirs, est devenue indispensable pour éclairer les décisions publiques.
Cette approche reflète une réalité : les crises actuelles (énergétiques, financières, climatiques) ont des répercussions en cascade, exigeant des réponses coordonnées et adaptées.
Des mots aux actes : l’impératif de mise en œuvre
Marie-Laure Akin Olugbade, vice-présidente principale du Groupe de la BAD, a souligné l’urgence de concrétiser les discussions. « Les recommandations issues d’Abidjan doivent désormais inspirer les politiques publiques et les partenariats de développement », a-t-elle affirmé. Le défi ? Agir malgré des marges budgétaires restreintes et une concurrence mondiale accrue.
Pour elle, cette conférence est une étape, mais le vrai test réside dans la capacité à transformer les promesses en actions, notamment en renforçant la résilience commerciale et la souveraineté des États africains.
L’Afrique, acteur clé d’une économie mondiale multipolaire
Ahunna Eziakonwa, sous-secrétaire générale des Nations unies et directrice du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique, a rappelé que le véritable enjeu dépasse les déclarations. L’Afrique doit lever les freins au commerce intracontinental, investir dans l’innovation et préparer sa jeunesse à une économie en pleine mutation.
Son message est clair : « Dans un monde où les alliances se redessinent, notre force réside dans notre capacité à créer de la valeur, à financer notre développement et à défendre nos intérêts. » Une souveraineté économique qui ne passe ni par l’alignement sur une puissance étrangère, ni par l’isolement, mais par une stratégie autonome et ambitieuse.
Abidjan, symbole d’une nouvelle ambition
Cette édition 2026 a également été marquée par le lancement du Réseau africain des économistes en chef (ACE Network), une initiative visant à renforcer la coordination des politiques économiques sur le continent. Les débats ont évolué : plus question de besoins à combler, mais de capacité à influencer les règles du jeu économique mondial.
Dans un contexte international bouleversé, les organisateurs voient en cette conférence une opportunité historique. Reste à traduire cette ambition en politiques concrètes, investissements ciblés et résultats mesurables. C’est à cette condition que l’Afrique pourra s’imposer comme un acteur incontournable, plus souverain, plus résilient et plus influent.
