Au Bénin, les chefs traditionnels incarnent bien plus que des figures symboliques : ils sont les gardiens d’un héritage culturel et moral profondément ancré dans les communautés. Leur rôle, officiellement reconnu par l’État, s’étend de la résolution de conflits locaux à la préservation des traditions, en passant par la promotion de la cohésion sociale. Une reconnaissance juridique récente, matérialisée par la Loi n°2025-09 du 3 avril 2025, a même formalisé leur statut, en identifiant 16 royaumes et 90 chefferies traditionnelles comme entités légales, tout en mettant en avant leur contribution au développement économique et culturel du pays (Fatondji, 2025).
Un rôle politique controversé
Leur influence dépasse largement le cadre culturel : les rois et chefs coutumiers sont souvent sollicités lors des campagnes électorales, où leur parole peut peser sur les choix des électeurs. Certains partis politiques n’hésitent pas à leur offrir des avantages matériels ou financiers en échange d’un soutien, une pratique qui a conduit les autorités à encadrer strictement leur participation à la vie politique partisane (Cessou, 2017).
L’opinion des Béninois : confiance, mais distance politique
Les données récentes révèlent une relation complexe entre la population et ces autorités traditionnelles. Selon les enquêtes, près d’un quart des citoyens béninois ont eu recours à un chef traditionnel au cours de l’année écoulée, et une majorité d’entre eux leur accordent leur confiance, reconnaissant leur impact sur la gouvernance locale. Les Béninois vont même jusqu’à souhaiter une augmentation de cette influence.
Pourtant, cette image positive se fissure sous la pression de nouvelles interrogations. Les trois quarts des répondants estiment que certains chefs traditionnels sont impliqués dans des affaires de corruption, une perception qui s’est aggravée depuis 2022. La confiance envers ces figures, bien qu’encore majoritaire, a reculé par rapport à 2020, reflétant une défiance grandissante.
Une neutralité politique souhaitée
Malgré leur popularité, une large majorité de Béninois estiment que les chefs traditionnels doivent rester en dehors de la politique partisane. Leur rôle, selon les citoyens, doit se limiter à celui de médiateurs culturels et sociaux, sans interférence dans les choix électoraux. Cette attente de neutralité souligne l’équilibre délicat entre leur légitimité historique et les enjeux modernes de gouvernance.
