Cameroun : les obstacles cachés derrière le remaniement gouvernemental

Le président camerounais Paul Biya en compagnie de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général à la présidence, et Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil, lors d'un échange à l'aéroport international de Yaoundé en octobre 2024.

À Yaoundé, les couloirs du palais présidentiel bruissent de rumeurs persistantes. Depuis plusieurs semaines, le remaniement gouvernemental tant attendu se heurte à des obstacles inattendus, freinant sa concrétisation. Derrière les portes closes, des tensions internes et des désaccords profonds entre les proches du pouvoir ralentissent le processus.

Parmi les principaux verrous identifiés, l’influence grandissante de certains conseillers et la question de la représentation régionale occupent une place centrale. Paul Biya, dont la longévité à la tête de l’État est souvent soulignée, doit composer avec des exigences multiples pour satisfaire les différentes factions du régime. Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général à la présidence, incarne l’une des figures clés de ces négociations délicates.

Des chantiers parallèles qui monopolisent l’attention

Les projets d’infrastructures, bien que vitaux pour le développement du Cameroun, semblent détourner l’énergie des décideurs. Plusieurs chantiers phares, comme ceux des routes ou des barrages hydroélectriques, absorbent une partie considérable des ressources et du temps des équipes gouvernementales. Résultat : le dossier du remaniement, pourtant prioritaire sur le papier, se retrouve relégué au second plan.

Un responsable proche de la présidence, ayant requis l’anonymat, confie que « les priorités se bousculent, et les arbitrages deviennent de plus en plus complexes ». Les réunions interministérielles, autrefois dédiées à la préparation du remaniement, sont désormais consacrées à des urgences économiques ou sécuritaires, jugées plus pressantes par les hautes autorités.

Une administration en proie à des rivalités

Les tensions ne se limitent pas aux sphères politiques. Au sein même de l’administration, des luttes de pouvoir se cristallisent autour de la répartition des postes. Certains hauts fonctionnaires n’hésitent pas à saboter discrètement les initiatives de leurs concurrents, alimentant un climat de méfiance généralisée. Ces rivalités, bien que rarement évoquées publiquement, pèsent lourdement sur la dynamique du remaniement.

Un ancien ministre, aujourd’hui retraité, évoque une « logique de clan » qui s’est installée au fil des années. « Chacun défend ses intérêts avant ceux de l’État », explique-t-il. Cette situation complexifie encore davantage la tâche du président, contraint de trouver un équilibre entre les différentes forces en présence.

Quelles issues possibles ?

Face à cette impasse, plusieurs scénarios se dessinent. Certains observateurs misent sur un remaniement partiel, limité à quelques ministères clés, afin de relancer la machine administrative. D’autres, plus pessimistes, craignent un blocage prolongé, pouvant aller jusqu’à une remise en cause totale du projet.

Une chose est sûre : le Cameroun, en pleine mutation économique, ne peut se permettre une paralysie prolongée de son gouvernement. La pression des partenaires internationaux, notamment sur les questions de transparence, pousse les autorités à accélérer les décisions. Pourtant, les chantiers parallèles et les divisions internes continuent de freiner le processus.

Dans les couloirs de Yaoundé, une question reste sur toutes les lèvres : « Le remaniement aura-t-il lieu avant la fin de l’année ? » La réponse dépendra largement de la capacité du pouvoir à surmonter les obstacles invisibles qui entravent sa marche.