Les établissements de santé au cœur des métropoles camerounaises sont régulièrement submergés par des dizaines de dépouilles sans réclamation familiale. Cette situation complexe entrave la gestion des capacités d’accueil et de conservation, générant des risques considérables.
Des dépouilles mortelles peuvent demeurer indéfiniment dans les chambres froides des hôpitaux, faute de familles pour les identifier. Ce phénomène récurrent est particulièrement préoccupant à Douala, Yaoundé et Bafoussam. Récemment, la direction de l’Hôpital général de Yaoundé a alerté sur la présence de 80 corps non réclamés dans sa morgue, une partie étant identifiée et l’autre non.
Ces défunts, originaires de divers quartiers, ont été acheminés vers les installations mortuaires principalement par les forces de gendarmerie, le personnel hospitalier, les services municipaux ou les postes de police. La direction de l’hôpital exhorte les proches à se présenter pour l’identification des personnes figurant sur la liste. Sans cette démarche, les dépouilles seront confiées à la Communauté urbaine de Yaoundé en vue d’une inhumation collective.
Cette problématique ne se limite pas aux services mortuaires de l’Hôpital Central de Yaoundé. À Bafoussam, dans la région de l’Ouest, les autorités ont procédé le 16 avril 2025 à l’inhumation de 42 corps non identifiés dans une fosse commune. Cette action faisait suite à un dernier appel de l’Hôpital régional de Bafoussam, accordant un délai de 10 jours aux familles pour réclamer 28 de ces corps, dont certains avaient séjourné près de sept ans en chambre froide.
Le Dr Jean-Marie Ndjip, directeur de l’établissement, avait alors souligné la capacité limitée de la morgue de son centre de soins. Il a expliqué que les coupures d’électricité fréquentes rendaient les odeurs intolérables et le service inutilisable, justifiant la nécessité de désengorger l’hôpital. Ses propos mettent en lumière les multiples répercussions de l’abandon prolongé de ces dépouilles.
L’entassement de ces corps réduit drastiquement l’espace de stockage disponible, accroît la consommation d’électricité et expose la population à des dangers sanitaires. Ce phénomène, exacerbé par la précarité de certaines familles et l’irresponsabilité individuelle, engendre également un lourd fardeau financier pour les structures de santé. La conservation et l’entretien de ces dépouilles représentent des coûts importants qui, en l’absence de réclamation, restent impayés.
