Le Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, clame haut et fort sa volonté d’autosuffisance alimentaire. Pourtant, le pays doit encore compter sur l’aide humanitaire internationale pour éviter une crise alimentaire sans précédent. Récemment, plus de 2 400 tonnes de riz ont été livrées par le Pakistan, s’ajoutant aux dons déjà reçus de la Chine et du Canada.
Cette situation révèle l’écart entre les discours politiques et la réalité du terrain. Malgré les promesses de souveraineté, plus de 3,5 millions de Burkinabè dépendent désormais de l’aide extérieure pour se nourrir. Les cérémonies de remise de ces dons, marquées par des sourires protocolaires, contrastent avec l’urgence humanitaire qui s’aggrave depuis le coup d’État de 2022.
L’échec cuisant de la stratégie alimentaire de la junte
Les promesses de faire du Burkina Faso un pays autosuffisant en nourriture se heurtent à une réalité implacable. Les dons de riz, bien que bienvenus, soulignent l’incapacité des autorités à stabiliser la production locale. Les régions du Nord et de l’Est, déjà fragilisées par l’insécurité, sont les premières à bénéficier de ces aides.
Les chiffres sont accablants :
- Le pays ne produit plus assez pour nourrir sa population.
- Les zones rurales, autrefois prospères, sont aujourd’hui dévastées par l’insécurité et les déplacements massifs.
- Plus de 2 millions de personnes ont fui leurs foyers, laissant des terres autrefois fertiles en jachère.
L’insécurité, principal obstacle à la relance agricole
La junte attribue en partie la crise à des facteurs climatiques, mais les observateurs pointent surtout la responsabilité de sa stratégie militaire. Le blocus des zones rurales par les groupes armés et la militarisation des politiques agricoles ont paralysé les campagnes.
Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), certaines régions du Burkina Faso frôlent la phase 4 (urgence humanitaire). Plus de 600 000 enfants risquent une malnutrition aiguë d’ici la fin de l’année, selon les estimations.
Une gestion de crise opaque et un manque de confiance des bailleurs
La transparence des distributions de riz, confiées au ministère de l’Action humanitaire, est régulièrement questionnée. Les tensions entre l’État et certains acteurs humanitaires, ainsi que la militarisation de la gestion de crise, nuisent à l’efficacité de l’aide. Résultat : le Plan de réponse humanitaire 2026 n’est financé qu’à hauteur de 18 %.
Les partenaires internationaux, de plus en plus méfiants, remettent en cause la gestion de la junte. Pour eux, la souveraineté alimentaire ne se décrète pas à la télévision, mais se construit dans les champs, un domaine où le gouvernement Traoré reste largement impuissant.
Un répit temporaire avant une saison des pluies incertaine
Le riz pakistanais offre un soulagement de courte durée à une population épuisée par des années de crise. Pourtant, à l’approche de la saison des pluies, les défis restent immenses. La priorité donnée à la communication politique plutôt qu’à la relance concrète de l’économie rurale rend une solution durable encore plus illusoire.
Pour Ibrahim Traoré, l’heure des comptes approche. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se cultive. Et pour l’instant, les champs du Burkina Faso peinent à produire les récoltes nécessaires pour nourrir une nation en détresse.
