Biashara Afrika 2026 : quand les passeports africains se heurtent aux réalités aéroportuaires à Lomé
Lomé a servi de décor à un paradoxe saisissant lors de l’ouverture du forum Biashara Afrika 2026. Sous les applaudissements protocolaires des chefs d’État et des investisseurs, une scène révélatrice a mis en lumière les dysfonctionnements persistants de la libre circulation en Afrique de l’Ouest. Le crime ? Présenter un passeport africain à l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma.
L’incident, aussi cocasse qu’alarmante, a transformé une simple cérémonie d’ouverture en un cas d’école sur les entraves bureaucratiques qui minent l’intégration continentale. Une occasion manquée ? Pas tout à fait. Pour le président togolais Faure Gnassingbé, cette bourde a servi de déclic. Un ultimatum de 48 heures pour son ministre de la Sécurité a été lancé, promettant des changements radicaux avant la clôture du forum.
Ce lundi-là, l’ambiance était pourtant à l’optimisme. Les discours sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et ses promesses de marché unique de 1,4 milliard de consommateurs avaient de quoi enthousiasmer. Pourtant, c’est une anecdote administrative qui a capté toute l’attention des participants.
Un passeport CEDEAO banni, un passeport européen privilégié
Le récit de la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Dr Jumoke Oduwole, a fait l’effet d’une douche froide. Deux investisseurs nigérian et ghanéen, fraîchement arrivés d’Europe, se sont vu refuser l’entrée au Togo avec leurs passeports nationaux. Une humiliation qui a déclenché leur retrait immédiat de l’événement.
Leur tort ? Avoir osé franchir les frontières avec des documents censés garantir la libre circulation dans l’espace CEDEAO, en vigueur depuis plus de cinq décennies. Contraints de brandir un passeport européen pour obtenir un visa de 24 heures, ils ont résumé leur expérience en une phrase cinglante :
« Si un Européen devait demander un visa sur un passeport africain au sein de l’Union européenne, personne ne songerait à se rendre sur place. Pourtant, ici, c’est la norme. »
Pour les entrepreneurs africains, la pilule est amère. Les investisseurs, eux, n’hésitent plus à tourner les talons avant même d’avoir posé le pied sur le continent. Une évidence s’impose : sans libre circulation effective, la ZLECAf reste un vœu pieux.
Lomé, hub logistique en question : l’image d’un pays en jeu
Le Togo se présente comme un carrefour économique majeur en Afrique de l’Ouest. Pourtant, l’incident de l’aéroport a révélé une réalité moins reluisante. Les visas imposés aux ressortissants régionaux envoient un signal désastreux aux investisseurs étrangers. Résultat ? Une image de rigidité administrative qui contraste avec les ambitions affichées.
Les entrepreneurs présents à Biashara Afrika 2026 ont tiré la sonnette d’alarme. Un économiste ivoirien a résumé la situation sans détour :
« La ZLECAf ne peut fonctionner sans libre circulation des personnes. Sans cela, elle n’est qu’un leurre. »
Un entrepreneur ghanéen a renchéri, pointant du doigt l’hypocrisie des discours politiques :
« Brandir un passeport européen pour investir en Afrique ? C’est la preuve que l’intégration n’est qu’un slogan. »
Le message est clair : les barrières administratives étouffent le potentiel du continent. Les promesses de milliards de dollars d’investissements s’envolent avec chaque refus de visa.
Faure Gnassingbé réagit : 48 heures pour sauver la crédibilité du Togo
Face à cette crise de réputation, le président togolais a choisi la fermeté. Pas de commissions interminables, pas de rapports dilatoires. Un compte à rebours a été lancé : le ministre de la Sécurité dispose de 48 heures pour corriger l’anomalie. Une décision qui a surpris par son audace, mais qui répond à une urgence nationale.
Le message est sans ambiguïté : l’aéroport de Lomé ne peut plus se permettre de jouer les gendarmes des frontières africaines. Les services d’immigration devront s’adapter aux règles de la ZLECAf et de la CEDEAO, sous peine de voir fuir les capitaux et les opportunités.
Pour les organisateurs de Biashara Afrika 2026, cet incident est devenu un symbole. Une preuve que les discours sur l’intégration doivent désormais s’accompagner d’actions concrètes. Sinon, les forums panafricains continueront de servir de vitrine aux échecs continentaux.
ZLECAf : l’intégration africaine face à ses contradictions
Au-delà de l’anecdote, l’affaire souligne les failles structurelles de l’intégration africaine. La Zone de libre-échange continentale africaine promet un marché unique et des opportunités sans précédent. Pourtant, les réalités frontalières en trahissent les limites.
Les acteurs économiques attendent désormais des actes. Harmonisation des visas, digitalisation des procédures, et surtout, une volonté politique inébranlable. Car comme l’a rappelé un participant au forum :
« Un simple tampon mal apposé peut coûter des millions en investissements. La ZLECAf mérite mieux. »
À Lomé, l’Afrique a appris une leçon douloureuse. Les discours sur la libre circulation ne suffisent plus. Il est temps d’aligner les pratiques sur les ambitions.
