L’actualité politique au Bénin est marquée par l’arrestation récente de trois personnalités influentes, soupçonnées d’avoir fomenté un « coup d’État ». Cet événement majeur propulse au premier plan la délicate question de la succession de Patrice Talon, le président actuel, dont le second et dernier mandat prendra fin en 2026.
Le procureur de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) du Bénin a révélé, ce mercredi, l’interpellation de trois figures clés : le commandant de la Garde républicaine, Djimon Dieudonné Tévoédjrè, l’ex-ministre Oswald Homéky, et l’influent homme d’affaires Olivier Boko. Ces arrestations, survenues dans la nuit de lundi à mardi, font suite à des allégations de planification d’un « coup d’État » dans cette nation ouest-africaine de 13 millions d’habitants. Des sources indiquent que le commandant Tévoédjrè aurait été libéré.
La justice, par la voix du procureur de la CRIET, a précisé que MM. Boko et Homéky auraient ouvert un compte bancaire auprès de la NSIA Côte d’Ivoire. Ce compte, destiné au commandant de la Garde républicaine, aurait eu pour objectif de financer un « coup d’État » prévu pour le 27 septembre 2024. Cependant, la banque NSIA Côte d’Ivoire a formellement démenti ces allégations, affirmant n’avoir « aucun compte ouvert au nom ou pour le compte du commandant de la Garde républicaine du Bénin ».
Olivier Boko, âgé de 60 ans et dirigeant du groupe Denrées et fournitures alimentaires (DFA), entretient une amitié de longue date avec le président Patrice Talon, s’étendant sur deux décennies. Bien que souvent perçu comme le « bras droit » présidentiel, il n’a jamais occupé de poste officiel au sein de l’administration. Récemment, M. Boko a manifesté publiquement ses aspirations politiques, suggérant une potentielle candidature à la présidence en 2026, une démarche qui aurait pu irriter Patrice Talon. L’ancien ministre des Sports, Oswald Homéky, appuyait d’ailleurs cette ambition. Il est important de rappeler que Patrice Talon, à la tête du pays depuis 2016, achèvera son second mandat en 2026, conformément aux limites constitutionnelles.
Une nouvelle phase politique au Bénin
Pour Tiburce Adagbè, analyste politique, « nous entrons dans une nouvelle phase en vue des élections générales de 2026 ». Il anticipe que « si la procédure judiciaire suit son cours habituel, l’un des principaux candidats à la succession de Patrice Talon« , faisant allusion à Olivier Boko, pourrait se retrouver « en difficulté ». Euloge Francis Atadé, expert en gouvernance, souligne l’instabilité du contexte régional : « La géopolitique sous-régionale est préoccupante. » En effet, l’Afrique de l’Ouest a été le théâtre de plusieurs coups d’État récents, où des régimes militaires ont pris le pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger, renversant des dirigeants élus démocratiquement.
Gilles Gohy, membre du bureau politique de l’Union progressiste le Renouveau et fervent partisan du président Talon, se montre rassurant : « Je n’ai pas d’inquiétudes. Laissons la justice opérer en toute sérénité. » À l’inverse, Valentin Djenontin, une figure de l’opposition en exil, exprime une perspective différente : « Si un mandat de dépôt était émis contre Olivier Boko, je ne serais pas étonné de voir des manifestations de soutien en faveur de Talon, qui conserverait ainsi une emprise totale sur le pouvoir. »
Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Le parti d’opposition FCBE a fermement « condamné cette tentative de coup d’État », réaffirmant son attachement à l’accession au pouvoir exclusivement par les voies démocratiques. De son côté, le Bloc Républicain, une formation majeure de la mouvance présidentielle, a déploré « l’extrême gravité des faits » et a condamné « toute initiative de déstabilisation ou de remise en question de l’ordre démocratique » au Bénin.
Suite à l’arrestation d’Olivier Boko, le mouvement Objectif Bénin 2026 (OB26), soutenant sa candidature pour la présidentielle de 2026, a vivement protesté. Il a dénoncé « une grave atteinte aux droits fondamentaux », qualifiant la situation d’« acharnement politique manifeste » et de « méthodes répressives inacceptables ». Ces événements interviennent alors que le président Patrice Talon fait face à des critiques récurrentes de ses opposants, l’accusant d’avoir instauré un régime plus autoritaire, éloignant le Bénin de son image passée de démocratie dynamique.
