Burkina Faso : deux ans après le coup d’État, où en sont les droits humains ?
Deux ans après le coup d’État militaire au Burkina Faso, la situation des droits humains et des libertés fondamentales se dégrade de manière alarmante. Le régime de transition, loin de tenir ses promesses initiales, a instauré un climat de répression systématique contre toute voix dissidente. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénonce ces violations graves et exige le retour urgent à l’état de droit.
Le 30 septembre 2022, les autorités actuelles accédaient au pouvoir par la force au Burkina Faso. Depuis, leur gestion de la crise a conduit à une escalade des restrictions contre les défenseurs des droits humains, les journalistes et les opposants politiques. Ces derniers subissent quotidiennement des pressions : arrestations arbitraires, disparitions forcées, conscriptions militaires obligatoires ou menaces visant leurs proches. Les discours de haine en ligne, propagés par des partisans du régime, alimentent un climat de terreur généralisé.
Face à cette dérive, la FIDH exhorte les autorités burkinabè à mettre fin sans délai à ces pratiques et à libérer toutes les personnes détenues illégalement. Elle rappelle également l’obligation du pays de respecter ses engagements internationaux en matière de droits humains.
« Réprimer la société civile et museler les défenseurs des droits humains, les journalistes et les opposants est inacceptable, surtout dans un contexte de transition censée rétablir la confiance et améliorer la gouvernance », a souligné Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « Protéger la société civile est une priorité : il faut garantir la liberté d’expression, d’opinion, de réunion et de presse, sans restriction ».
Parallèlement, le conflit armé qui ravage le Burkina Faso s’aggrave, avec une recrudescence des violences contre les civils. Le 24 août 2024, une attaque attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a visé des populations innocentes, des forces de sécurité et des volontaires pour la défense de la Patrie (VDP), causant de nombreuses victimes. Ces exactions, condamnées par la FIDH et la coalition citoyenne pour le Sahel, illustrent l’échec des autorités à protéger leur population.
Enrôlement forcé : une arme de répression contre les voix critiques
Depuis fin 2023, le gouvernement burkinabè a institutionnalisé l’enrôlement forcé des défenseurs des droits humains, des journalistes et des opposants politiques dans l’armée. Sous prétexte de « mobilisation générale », une dizaine de personnalités, dont Dr Daouda Diallo (figure de la société civile) et Ablassé Ouédraogo (acteur politique), ont été contraintes de rejoindre les rangs militaires en représailles à leurs critiques. Cette mesure, adoptée via un décret d’avril 2023, bafoue les principes fondamentaux de justice et de séparation des pouvoirs.
Les magistrats ne sont pas épargnés : en août 2024, au moins cinq procureurs et juges, ayant instruit des dossiers sensibles ou ouvert des enquêtes contre des proches du régime, ont été réquisitionnés de force. Parmi eux, des représentants des tribunaux de Ouagadougou 1, Boromo, Bobo-Dioulasso, Gaoua et Ziniaré ont été mobilisés pour trois mois. Une atteinte intolérable à l’indépendance de la justice, dénoncée par Alice Mogwe, présidente de la FIDH :
« Envoyer des magistrats au front en représailles à des décisions de justice est une violation flagrante de la Constitution et des traités internationaux ratifiés par le Burkina Faso ». Elle rappelle que ces agissements contreviennent aux recommandations des Nations unies et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).
Liberté de la presse : la fin d’un pilier démocratique
Au Burkina Faso, la liberté de la presse n’est plus qu’un lointain souvenir. Les médias locaux sont sous contrôle strict, tandis que les organes internationaux se voient interdits. Les journalistes doivent adopter un « traitement patriotique » de l’information, synonyme de complaisance envers le pouvoir. Les attaques, menaces et enlèvements se multiplient, poussant à l’autocensure. Atiana Serge Oulon, directeur du journal L’Événement, a été enlevé à son domicile par l’Agence nationale de renseignement (ANR) le 24 juin 2024, après la suspension de son média. D’autres professionnels, comme Kalifara Séré et Adama Bayala (BF1), ont également disparu après la suspension de leur émission 7 Infos.
La CADHP a exprimé sa « préoccupation face à cette situation mettant en danger l’intégrité physique et morale des journalistes ». Ces agissements violent leur droit à l’information et à la liberté d’expression.
Familles d’opposants : cibles collatérales de la répression
Les proches des anciens dignitaires du régime de Blaise Compaoré subissent désormais des violences et des enlèvements. Entre les 11 et 16 septembre 2024, deux membres de la famille de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères, ont été agressés et kidnappés à Ouagadougou. Ces actes sont directement incités par des militants pro-régime, révélant une stratégie de terreur étendue aux familles.
« Nous demandons à l’Union africaine et aux Nations unies de faire pression sur les autorités burkinabè pour mettre fin à cette violence, libérer les otages et respecter leurs droits fondamentaux », a plaidé le Professeur Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.
La FIDH appelle à une mobilisation internationale pour exiger des comptes au Burkina Faso et restaurer les droits humains dans le pays.
