Aviculture béninoise : le pari gagnant de la souveraineté alimentaire d’ici 2033

Aviculture béninoise : le pari gagnant de la souveraineté alimentaire d’ici 2033

Le Bénin a officiellement lancé une offensive ambitieuse pour révolutionner son secteur avicole. En inaugurant le premier Salon Expo Avicole à Cotonou, les autorités nationales ont lancé un signal fort : d’ici 2033, le pays vise une production locale de 100 000 tonnes de viande de volaille et d’œufs. Un objectif stratégique qui dépasse largement la simple question alimentaire, s’inscrivant dans une logique de souveraineté économique et de maîtrise des devises.

Le Palais des Congrès de Cotonou a vibré au rythme de cette ambition nationale. Plus qu’une foire commerciale, cet événement marquait le coup d’envoi d’un plan d’envergure baptisé Vision Bénin Vert. Une feuille de route qui place la filière avicole au cœur des priorités économiques du pays, avec un double objectif : réduire drastiquement les importations et transformer cette dépendance en levier de croissance.

Combler l’écart : de 20 000 à 100 000 tonnes en moins de dix ans

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Chaque année, les Béninois consomment pas moins de 100 000 tonnes de produits avicoles. Pourtant, la production locale ne couvre qu’un cinquième de cette demande, soit seulement 20 000 tonnes. Un déficit colossal qui se traduit par une fuite annuelle de plusieurs milliards de francs CFA vers l’étranger. Une hémorragie financière que le gouvernement souhaite endiguer en relocalisant la production.

Représentant le chef de l’État, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a rappelé l’urgence de cette transition. « Chaque tonne de volaille produite sur place est une victoire contre la dépendance et un investissement dans notre économie », a-t-il déclaré. L’enjeu ? Réduire la facture des importations tout en créant des emplois et en dynamisant les zones rurales.

Vision Bénin Vert 2033 : une stratégie collaborative

Ce plan s’appuie sur plusieurs axes majeurs. D’abord, une intégration verticale de la filière, allant de l’élevage à la transformation, en passant par la production d’aliments pour bétail. Ensuite, une mobilisation sans précédent des acteurs privés et des institutions financières, souvent réticents à investir dans un secteur perçu comme risqué. Enfin, une modernisation des infrastructures avec le développement de couvoirs, d’usines de transformation et de centres de recherche.

L’objectif est clair : faire de l’aviculture béninoise un secteur clé de l’économie nationale. Léon Anago, président de l’Interprofession avicole du Bénin (IAB), a souligné l’importance de cette mobilisation collective : « Ce salon est bien plus qu’un événement. C’est un catalyseur pour une filière unie, capable d’attirer des financements et de prouver sa rentabilité ».

Un partenariat stratégique avec le Maroc

Pour accélérer sa mutation, le Bénin mise sur des alliances internationales. Le Maroc, déjà reconnu pour son expertise en aviculture moderne, joue un rôle central dans cette stratégie. La présence du ministre marocain de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, lors de l’événement, a confirmé l’importance de ce partenariat sud-sud. « Cette coopération dépasse les simples échanges diplomatiques. Elle vise à bâtir une souveraineté alimentaire partagée », a-t-il affirmé.

Des transferts de savoir-faire aux investissements conjoints, les deux pays collaborent pour moderniser les infrastructures et former les acteurs locaux. Une démarche qui pourrait servir de modèle pour d’autres nations africaines confrontées aux mêmes défis.

Un défi continental : vers une autonomie protéique

Au-delà des frontières béninoises, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large. En cherchant à produire ce qu’il consomme, le Bénin illustre une tendance croissante en Afrique : la volonté de réduire la dépendance aux importations. Un pari audacieux, mais nécessaire, alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales restent fragiles.

Le compte à rebours est lancé. D’ici 2033, le Bénin devra multiplier sa production avicole par cinq. Un défi de taille, mais qui pourrait bien redéfinir les équilibres économiques du pays et servir d’exemple pour le continent.