Au gabon, l’utilisation des noms réels obligatoire sur les réseaux sociaux : quels impacts sur la liberté d’expression ?

Depuis peu, le gabon impose une réglementation stricte concernant l’usage des réseaux sociaux, suscitant de vifs débats parmi la population et les acteurs politiques. Une ordonnance récente, dont le contenu a été divulgué la semaine dernière, a particulièrement retenu l’attention : l’utilisation des pseudonymes est désormais interdite. Cette mesure oblige chaque utilisateur à s’identifier clairement en communiquant son nom, son prénom, voire son numéro d’identification personnelle (NIP). Pour les entreprises, l’inscription au registre de commerce devient obligatoire.

Parmi les figures publiques concernées par ce changement, Bienvenue Effayong, connu sous le pseudonyme « Bitome » (qui signifie « les problèmes » dans une langue locale), est un producteur de contenus proche du gouvernement gabonais. Ses interventions en ligne, souvent polémiques, lui valent régulièrement des réactions violentes de la part d’internautes anonymes. Pour lui, cette nouvelle disposition est une avancée majeure :

« Je soutiens cette loi à 100 %, voire à 1 000 %. Les utilisateurs qui se cachent derrière des faux profils, des noms inventés ou des comptes anonymes pour diffamer, insulter ou déstabiliser le pays commettent des actes graves. Désormais, chacun devra assumer ses propos et ses actions. »

une mesure contestée au nom de la liberté d’expression

Cependant, cette ordonnance ne fait pas l’unanimité. Marcel Libama, ancien député de la transition, dénonce une atteinte aux libertés individuelles et à la démocratie, pourtant protégées par la Constitution. Selon lui, cette réglementation représente un recul significatif :

« Cette ordonnance marque un effondrement de la liberté d’expression et de la démocratie dans notre pays. Elle est liberticide et va à l’encontre des principes fondamentaux de notre Constitution. Nous n’avons pas besoin d’une telle mesure, qui restreint excessivement nos droits. »

une application immédiate, mais un avenir incertain

Entrée en vigueur dès sa promulgation, cette ordonnance a été adoptée pendant l’intersession parlementaire. Bien qu’elle soit applicable immédiatement, elle devra être soumise au Parlement pour validation, modification ou rejet. Le Gabon justifie cette mesure par la volonté de protéger la jeunesse et de lutter contre les dérives en ligne, notamment les insultes, la diffamation et les tentatives de déstabilisation des institutions. Officiellement, les réseaux sociaux sont suspendus au gabon depuis février, renforçant ainsi le cadre réglementaire.

Cette réforme divise donc l’opinion publique : entre ceux qui y voient une protection nécessaire contre l’anonymat malveillant et ceux qui craignent une restriction excessive de leurs droits fondamentaux.

illustration des réseaux sociaux et de la réglementation gabonaise