Au Burkina Faso, la lutte antiterroriste frappe durement les imams et divise la nation

Ouagadougou a franchi un cap. La frontière entre la lutte contre l’extrémisme armé et la répression des libertés religieuses n’a jamais été aussi floue au Burkina Faso. Sous couvert de sécurité nationale, le gouvernement de transition dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré mène une offensive d’une rare violence contre la communauté musulmane, pourtant majoritaire. Derrière les discours officiels, c’est une mise sous tutelle des figures et institutions de l’islam burkinabè qui s’organise.

Interpellations et mises au pas : le quotidien des imams

La rhétorique sécuritaire sert de prétexte commode pour traquer les voix religieuses indépendantes. Des imams modérés, des prédicateurs influents et des cadres d’associations musulmanes sont arrêtés arbitrairement, détenus au secret ou incorporés de force dans les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Leur tort : avoir critiqué les méthodes de la junte, questionné la gestion de la crise sécuritaire ou appelé au respect des droits civiques.

Parallèlement, les mosquées et les écoles coraniques des zones à risque subissent des contrôles drastiques, des fermetures administratives sans justification ou des accusations systématiques de connivence avec les groupes armés. En étiquetant tout discours religieux non aligné comme « subversif » ou « complice de l’ennemi », le pouvoir instaure un climat de terreur au sein d’une communauté historiquement reconnue pour son rôle de médiation et de cohésion sociale.

Une instrumentalisation politique qui fracture la nation

Cette politique de la main de fer vise un objectif limpide : neutraliser toute force sociale capable de structurer une contestation face au pouvoir militaire. En ciblant prioritairement les réseaux et figures de l’islam local, le régime de transition cherche à imposer une pensée unique et à verrouiller l’espace public.

Loin d’affaiblir les groupes djihadistes qui déstabilisent la région, cette offensive brutale contre la pratique religieuse risque de produire l’effet inverse. En stigmatisant la communauté musulmane, en brisant les relais coutumiers et spirituels et en privant les fidèles de figures de référence modérées, le pouvoir nourrit un sentiment d’injustice et d’aliénation. En faisant de la religion un ennemi intérieur sous couvert de souveraineté et de sécurité, Ibrahim Traoré prend le risque majeur d’atomiser le tissu social d’un pays déjà exsangue.

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Chroniqueur politique

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