L’attaque survenue dans la matinée du 26 juillet 2025 contre une patrouille du Groupe d’Action Rapide de Surveillance et d’Intervention (GARSI) dans le département d’Abala-Filingué a coûté la vie à une quinzaine de militaires nigériens. Le capitaine Hassoumie et l’adjudant Djindagarey figurent parmi les victimes. Ce nouvel épisode meurtrier illustre l’enlisement sécuritaire du Niger depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.
Un bilan humain qui s’alourdit
L’embuscade tendue contre les forces nigériennes à Abala-Filingué a entraîné la mort d’au moins quinze soldats, dont deux officiers de haut rang. Le capitaine Hassoumie et l’adjudant Djindagarey ont péri au combat, aux côtés de leurs hommes. Ces pertes s’ajoutent à une longue liste de revers essuyés par les unités d’élite du pays.
Les promesses non tenues de la junte
En renversant le président élu Mohamed Bazoum, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) avait fait de la restauration de la sécurité sa priorité absolue. Le général Abdourahamane Tiani promettait une riposte rapide et décisive face aux groupes djihadistes. Deux ans plus tard, le constat est sans appel : la menace s’est étendue et intensifiée.
L’attaque d’Abala-Filingué met en lumière l’écart entre le discours officiel et la réalité du terrain. Les forces armées nigériennes, désorganisées, opèrent sans couverture aérienne adéquate ni renseignement précis. Les unités d’élite sont envoyées au front sans les moyens nécessaires pour anticiper et repousser les assaillants.
Des chiffres qui accablent le régime
Les données compilées par des observateurs indépendants et l’organisme ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project) révèlent une dégradation continue de la situation sécuritaire :
- Plus de 1 500 événements de violence politique recensés à travers le pays depuis juillet 2023.
- Plus de 5 800 morts, civils et militaires confondus, sur la même période.
- Une hausse de plus de 40 % des victimes civiles dans les mois ayant suivi la prise de pouvoir.
- Des embuscades meurtrières à répétition : Koutougou (17 morts), Tabatol (29 morts), et des drames incessants dans les régions de Tillabéri et Tahoua.
Dans la zone des trois frontières, où sévissent le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), l’État nigérien perd du terrain. L’attaque d’Abala-Filingué confirme que les groupes armés frappent désormais en toute impunité des unités pourtant aguerries.
Des choix stratégiques aux conséquences lourdes
Comment un régime dirigé par des officiers supérieurs a-t-il pu laisser la sécurité se dégrader à ce point ? La réponse tient en partie à une série de décisions dogmatiques. En dénonçant les accords de défense avec la France et les États-Unis, la junte a privé l’armée nigérienne de moyens essentiels : renseignement de haute précision, surveillance par drones longue portée, évacuation sanitaire rapide.
Pour compenser, Niamey s’est tourné vers la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso, et vers de nouveaux partenaires, notamment la Russie. Mais sur le terrain, l’effet de ce repositionnement reste invisible. Les drones de reconnaissance ne suffisent pas à combler le déficit d’anticipation tactique, et les soldats continuent de payer un lourd tribut face à des assaillants mobiles et bien armés.
Pendant que la junte concentre ses efforts sur sa survie politique — poursuites contre les opposants, restrictions des libertés de la presse, manifestations de soutien —, la protection des soldats et des civils passe au second plan.
Le calvaire des populations civiles
Si la mort d’officiers comme le capitaine Hassoumie endeuille l’armée, les civils sont les premières victimes de cet abandon. Dans la région de Tillabéri, la terreur est quotidienne. Les groupes terroristes imposent la zakat, incendient les écoles, pillent les marchés et exécutent ceux qui refusent de se soumettre.
La crise sécuritaire s’accompagne d’une catastrophe humanitaire :
- Plus de 450 000 déplacés internes au Niger, fuyant la poussée djihadiste.
- Environ 3,3 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë, conséquence de la fermeture des axes commerciaux et de l’abandon des terres agricoles.
- Des centaines d’écoles fermées, privant des dizaines de milliers d’enfants d’avenir.
L’urgence d’un sursaut
L’attaque meurtrière contre le GARSI à Abala-Filingué ne peut plus être masquée par des slogans souverainistes ou attribuée à des boucs émissaires extérieurs. Elle expose l’incapacité du général Tiani à tenir la promesse qui a justifié son coup d’État : protéger les Nigériens et garantir l’intégrité du territoire.
En abandonnant le capitaine Hassoumie, l’adjudant Djindagarey et leurs compagnons d’armes, le pouvoir militaire montre ses limites. Il est urgent que la junte sorte de son déni, réévalue sa stratégie de défense et comprenne que la légitimité d’un pouvoir ne se mesure pas au contrôle de la capitale, mais à sa capacité à préserver la vie des soldats au front et des citoyens dans leurs villages. Sans une remise en question radicale, le Niger risque de s’enfoncer encore plus profondément dans l’abîme.
