À Abidjan, les nations africaines productrices de minéraux critiques ont partagé une vision commune : faire de leurs ressources stratégiques un pilier de leur essor économique, industriel et social. L’enjeu ? Maximiser la valeur locale, dynamiser le financement du développement et bâtir des chaînes de valeur régionales capables de répondre à une demande mondiale en pleine expansion.
Une conférence ministérielle majeure s’est tenue à Abidjan pour redéfinir le rôle de l’Afrique dans l’économie globale des ressources essentielles. Organisée un vendredi de juillet, cette rencontre a réuni des ministres africains dédiés aux Mines, à l’Énergie, à l’Industrie, à l’Économie verte et aux Ressources naturelles, aux côtés de représentants de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, de banques régionales de développement, d’institutions financières et d’investisseurs internationaux.
Abidjan, capitale d’un nouveau pacte minier continental
L’ambition affichée est sans équivoque : permettre à l’Afrique de valoriser pleinement ses réserves colossales de minéraux critiques et les orienter vers un développement durable et inclusif. Cette conférence marque un tournant décisif pour le continent, où chaque acteur est appelé à jouer un rôle clé dans cette transformation.
Un appel à la refonte des stratégies minières africaines
Lors de l’ouverture des débats, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a souligné l’urgence d’un changement radical dans la gestion des ressources naturelles africaines.
« Cette conférence vise à instaurer un nouveau modèle de partenariat pour le continent, afin qu’il maîtrise mieux ses ressources et en fasse profiter directement sa population », a-t-il déclaré. Pour lui, la priorité absolue réside dans la transformation locale des matières premières, afin de générer une valeur ajoutée accrue sur le sol africain. Il a également insisté sur la nécessité de réformer le financement du développement en Afrique.
« Le continent compte plus de 100 institutions dédiées au financement du développement, mais leur impact combiné ne représente qu’1 % du bilan mondial des institutions similaires. Il est impératif de renforcer et de recapitaliser ces structures », a-t-il affirmé. Selon lui, le développement d’infrastructures résilientes et la création d’industries locales sont des leviers incontournables pour une exploitation optimale des ressources minières africaines.
La Côte d’Ivoire mise sur son potentiel minier pour un avenir prospère
Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a participé activement aux discussions. Il a mis en lumière l’importance d’une solidarité renforcée entre les nations africaines.
« Le défi consiste à convertir ces ressources en richesses durables et en prospérité partagée. Bien que chaque pays puisse suivre sa propre trajectoire, aucun ne pourra atteindre ses objectifs en solo. Une collaboration étroite est indispensable pour bâtir des chaînes de valeur régionales », a-t-il expliqué.
Le ministre a également souligné le potentiel minier de la Côte d’Ivoire, révélant que près des trois quarts du territoire national pourraient abriter des minéraux critiques. Cette richesse constitue un atout majeur pour la vision du président Alassane Ouattara, qui vise à faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.
Pour concrétiser cette ambition, Abidjan mise sur une stratégie intégrée des ressources minérales et énergétiques, couvrant la période 2026-2040. Ce plan, évalué à 38 000 milliards de francs CFA, prévoit un financement à hauteur de 88 % par le secteur privé.
Un trésor minier colossal face à une demande mondiale en explosion
Les enjeux sont immenses. L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des minéraux stratégiques nécessaires à la transition énergétique, dont le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, les métaux du groupe du platine, le cuivre, le manganèse et le nickel.
La valeur totale des ressources minérales du continent est estimée à près de 29 500 milliards de dollars, soit plus de huit fois le PIB annuel africain et près de 20 % des ressources mondiales. Parmi ces réserves, environ 8 600 milliards de dollars restent encore inexploitées.
Parallèlement, la demande mondiale devrait connaître une croissance spectaculaire d’ici 2040. Les besoins en métaux du groupe du platine pourraient augmenter de plus de 1 000 %, ceux du lithium de 842 % et ceux du cuivre de 88 % par rapport à leur niveau de 2023.
Une opportunité historique à saisir sans délai
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mutation industrielle mondiale, portée par la transition énergétique. D’ici 2050, la chaîne de valeur des véhicules électriques et des batteries pourrait passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards de dollars.
Face à cette opportunité sans précédent, les dirigeants africains réunis à Abidjan ont exprimé leur détermination à rompre avec le modèle traditionnel d’exportation brute des matières premières. Leur objectif ? Faire des minéraux critiques un moteur d’industrialisation, de création d’emplois et de prospérité durable pour le continent.
