Togo : la révision constitutionnelle qui consolide le pouvoir de Faure Gnassingbé

Le Togo a récemment connu une transformation constitutionnelle majeure, perçue par de nombreux observateurs comme un coup fatal à l’alternance démocratique. Avec l’adoption d’une nouvelle Constitution le 19 avril, la nation togolaise a délaissé son modèle semi-présidentiel pour un système parlementaire spécifiquement élaboré. Au-delà des aspects techniques de cette évolution, l’intention principale semble être de garantir la pérennité du pouvoir de Faure Gnassingbé.

Le stratagème du pouvoir absolu

Au sein de cette architecture étatique repensée, le rôle du Président de la République est désormais symbolique, dénué de toute influence substantielle. Démuni de ses compétences souveraines, le chef de l’État se voit relégué à une fonction purement honorifique.

En contraste, le Président du Conseil des Ministres émerge comme le détenteur incontesté de l’autorité. Cette position, manifestement conçue pour Faure Gnassingbé et par lui, concentre l’intégralité du pouvoir exécutif, incluant le contrôle de l’armée, des affaires étrangères et de l’administration publique. Cette apparente dualité ne serait qu’une illusion, masquant la domination absolue d’un dirigeant déterminé à conserver les rênes.

Faure Gnassingbé : Le spectre d’un règne sans fin

L’aspect le plus controversé de cette réforme réside dans la suppression implicite des limitations de mandats. En subordonnant la désignation du chef du gouvernement à la majorité parlementaire, une assemblée largement sous l’influence du parti dominant, le régime écarte le dernier obstacle juridique à une permanence politique illimitée.

Cette manœuvre, qualifiée de « coup de force constitutionnel », assure à Faure Gnassingbé une position de leader indéboulonnable. En se soustrayant à l’impératif d’une élection présidentielle au suffrage universel direct, il évite l’incertitude d’un vote populaire potentiellement imprévisible. Cela garantit une forme de continuité dynastique pour celui qui dirige le Togo depuis 2005, suivant la voie tracée par son prédécesseur paternel.

L’euthanasie du vote citoyen

La critique la plus acerbe formulée à l’encontre de cette nouvelle Constitution porte sur la privation totale du pouvoir de décision du peuple, au bénéfice d’une seule personnalité. Avec l’instauration de ce régime, les citoyens togolais sont marginalisés : ils perdent la capacité de désigner directement leur dirigeant. Les consultations électorales, sous l’ère Gnassingbé, se transforment en de simples formalités administratives entre structures partisanes.

Le dialogue public s’estompe au profit d’arrangements discrets en coulisses, métamorphosant ainsi la démocratie togolaise en une sorte de cadre légal restrictif. Ce contrôle rigoureux de la scène politique ne permet aucune perspective de renouvellement. En éloignant le pouvoir de la base citoyenne, cette modification constitutionnelle entérine l’idée que la Cinquième République togolaise s’apparente à un régime autoritaire ayant légalisé sa propre pérennité, assurant la domination illimitée de Faure Gnassingbé.