Tentative de coup d’État au Bénin : le président talon échappe à un putsch

Un assaut éclair contre les institutions béninoises

Dans la matinée du dimanche 7 décembre 2025, un groupe de militaires mutinés a lancé une opération surprise à Cotonou, capitale économique du Bénin. Ces insurgés ont brièvement pris le contrôle de la Société de Radiodiffusion et de Télévision du Bénin (SRTB), diffusant un message annonçant la destitution du président Patrice Talon. Leur tentative a échoué grâce à une riposte rapide des forces armées loyalistes, qui ont repris le contrôle des sites stratégiques en quelques heures.

Dès l’aube, les mutins ont ciblé la résidence officielle du chef de l’État, située dans le quartier Guézo. Selon des sources sécuritaires, ils étaient soutenus par des elements extérieurs, probablement des mercenaires. Malgré leur offensive, les unités fidèles au président ont maintenu leur position, protégeant les institutions et sécurisant la ville. Les hélicoptères militaires ont quadrillé l’espace aérien, tandis que des patrouilles renforçaient la surveillance au sol.

Un bilan humain tragique

La répression de cette tentative de putsch a coûté la vie à l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire du président. Sa fille a également été blessée lors des échanges de tirs. Le général Bada, promu en juin 2025 au grade de général de corps aérien, était une figure clé du régime. Ces événements ont plongé le pays dans une profonde consternation.

Les revendications des putschistes et la réponse des autorités

Dans une allocution diffusée le soir même, le président Patrice Talon a condamné fermement cette trahison et promis des sanctions exemplaires : « Notre pays a vécu aujourd’hui des événements d’une gravité extrême. Cette trahison ne restera pas impunie. » Il a également évoqué la détention de plusieurs personnes par les mutins en fuite, soulignant l’urgence de rétablir la sécurité.

Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, présenté comme le meneur de la rébellion, avait justifié son action en dénonçant une gouvernance excluante et des lois jugées répressives. Il avait annoncé la suspension de la Constitution et la création d’un Comité militaire pour la refondation, tout en proclamant la destitution de Patrice Talon. Cependant, ses revendications n’ont pas trouvé d’écho parmi la majorité des soldats, restés fidèles à l’État de droit.

Une riposte coordonnée pour sauver la démocratie

Dès les premières heures, le ministre de l’Intérieur Alassane Seidou a rassuré la population : « Au petit matin, un groupuscule a tenté de déstabiliser l’État. Les Forces armées béninoises, fidèles à leur serment, sont restées républicaines. Leur action a permis de reprendre le contrôle de la situation. » Le ministre des Affaires étrangères Olushegun Adjadi Bakari a confirmé que seuls une minorité de soldats avaient participé à cette entreprise.

Le gouvernement a sollicité l’aide de l’armée nigériane, qui a déployé des avions de chasse et des troupes au sol pour sécuriser la télévision publique et un camp militaire occupé par les mutins. Les ambassades des États-Unis et de la France ont émis des alertes à leurs ressortissants, appelant à la prudence dans la capitale.

Un contexte politique sous haute tension

Cette tentative de coup d’État survient à quelques mois de la présidentielle d’avril 2026, qui marquera la fin du mandat de Patrice Talon. L’actuel président, au pouvoir depuis 2016, quittera le pouvoir après deux mandats, conformément à la Constitution. Cependant, des réformes constitutionnelles récentes, comme la création d’un Sénat et l’allongement des mandats, alimentent les controverses.

Le parti au pouvoir, le Bloc républicain (BR), a déjà désigné son successeur : le ministre des Finances Romuald Wadagni, artisan des politiques économiques des dix dernières années. Cette transition planifiée contraste avec les tensions persistantes dans le pays, notamment dans le nord, où des attaques djihadistes liées à Al-Qaïda ont fait 54 morts parmi les soldats en avril 2025.

Un électrochoc pour un pays longtemps stable

Le Bénin, souvent perçu comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest, est désormais confronté à une recrudescence des menaces sur son ordre constitutionnel. Depuis 2020, plusieurs pays de la région ont connu des coups d’État : Niger, Burkina Faso, Mali, Guinée, Guinée-Bissau, et plus récemment Madagascar et Guinée-Bissau. Cette instabilité régionale a accentué les craintes d’une contagion au Bénin.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) ont rapidement condamné cette tentative. L’UA a exigé le retour immédiat des militaires dans leurs casernes, tandis que la CEDEAO a ordonné le déploiement d’une force régionale composée de contingents nigérians, ivoiriens, ghanéens et sierra-léonais pour soutenir les autorités béninoises.

Les mystères d’une tentative avortée

Plusieurs zones d’ombre subsistent autour de ce putsch. Les mutins auraient agi en réaction à des griefs politiques, dénonçant une gouvernance jugée trop restrictive. Les autorités tentent désormais d’identifier les éventuels commanditaires de cette opération, qui pourrait révéler des fractures profondes au sein de l’armée et du paysage politique béninois. Une enquête approfondie est en cours pour démanteler ce réseau et éviter de nouvelles tentatives déstabilisatrices.