Tensions au sein de l’AFC/M23 : ambitions politiques et dissensions militaires en RDC

Les ambitions de Nangaa et Kabila en RDC secouent l’AFC/M23

Dans l’est de la République démocratique du Congo, les rivalités au sein de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) s’intensifient. Un récent rapport des experts de l’ONU met en lumière des désaccords profonds entre les figures politiques et militaires du mouvement, ainsi que des tensions autour de la gestion des ressources et de l’expansion militaire.

Un leadership contesté au sein de l’AFC/M23

Le commandement militaire de l’AFC/M23 reste officiellement entre les mains du « général » Sultani Makenga. Cependant, ce leadership est de plus en plus contesté, tant au sein du mouvement qu’auprès du gouvernement rwandais. Ce dernier continue de soutenir les dirigeants militaires et politiques, notamment Bertrand Bisimwa et Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Les experts de l’ONU soulignent que ces tensions internes persistent malgré les soutiens extérieurs. Les dirigeants de l’AFC/M23 reçoivent des instructions et un appui logistique depuis le Rwanda, ce qui alimente les spéculations sur l’influence étrangère dans la gestion du mouvement.

Des ambitions politiques qui divisent

Les ambitions de Corneille Nangaa et de l’ancien président Joseph Kabila de s’emparer du pouvoir à Kinshasa sont au cœur des dissensions. Une partie des responsables du M23 s’oppose fermement à toute expansion militaire au-delà des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces désaccords portent également sur l’accès aux ressources et leur répartition.

Le rapport des experts de l’ONU révèle des griefs concernant un traitement préférentiel accordé aux officiers et combattants tutsis, ce qui exacerbe les tensions internes. Ces rivalités fragilisent la cohésion du mouvement et compliquent sa stratégie globale.

Une structure militaire fragmentée

L’AFC/M23 a divisé les territoires qu’elle contrôle en trois « zones de défense », chacune dirigée par un général différent :

  • La première zone, couvrant les territoires de Nyiragongo, Rutshuru et Lubero, est dirigée par le « général » Baudoin Ngaruye ;
  • La deuxième zone, incluant Masisi et Walikale, est sous la responsabilité du « général de brigade » Justin Gacheri Musanga ;
  • La troisième zone, qui s’étend sur le Sud-Kivu, est dirigée par le « général » Innocent Byamungu.

Selon les estimations du rapport onusien, la force de combat de l’AFC/M23 compterait environ 30 000 combattants. Cette estimation inclut d’anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), des recrues mobilisées depuis 2021, ainsi que des éléments issus de promotions récentes des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), de la Police nationale congolaise et des milices Wazalendo capturés ou ayant rejoint le mouvement après la chute de Goma.

Une situation sécuritaire toujours préoccupante

Ce rapport intervient alors que la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC continue de se dégrader. Malgré la signature de l’Accord de Washington et la tenue de plusieurs réunions d’évaluation, les tensions persistent entre Kinshasa et Kigali. Chaque camp interprète différemment les dispositions de cet accord, rendant sa mise en œuvre complexe et difficile, un an après sa signature.

Le processus de Doha, sous l’égide du Qatar, peine également à aboutir. Malgré plusieurs cycles de discussions, les positions de la rébellion de l’AFC/M23 et du gouvernement congolais restent éloignées sur les principaux points de divergence. La dernière étape de médiation à Montreux, en Suisse, n’a pas permis de relancer significativement le dialogue, et la détérioration de la situation au Moyen-Orient a contribué à marginaliser ce dossier.

Les engagements pris lors de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, et la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également ralenti les efforts de médiation, laissant la crise congolaise dans une impasse persistante.

Les rivalités internes au sein de l’AFC/M23, couplées à l’absence de consensus sur la gestion des ressources et à l’expansion militaire, continuent de menacer la stabilité de la région. La communauté internationale, à travers les rapports des experts de l’ONU, appelle à une résolution rapide de ces tensions pour éviter une escalade des violences.