Téléphones importés au Cameroun : 1,8 milliard FCFA collectés par la douane en cinq mois

Cameroun — 1,8 milliard de francs CFA. C’est la recette que la direction générale des douanes a tirée des téléphones, tablettes et terminaux numériques importés entre avril et le début du mois de septembre 2026, soit environ 2,7 millions d’euros. Avant la réforme, le dédouanement de ces appareils rapportait à peine 100 millions de francs par mois aux caisses de l’État.

Le nouveau dispositif de collecte fait grincer des dents chez une partie des importateurs. L’administration douanière, elle, revendique une triple finalité : fiscale, sécuritaire et économique.

Avec les droits de douanes et taxes sur les téléphones importés les clients ne sont plus intéressés pour l’achat de téléphones non dédouanés.

À l’avenue Kennedy, les revendeurs de Yaoundé s’inquiètent

À Yaoundé, l’avenue Kennedy ne désemplit pas. Ce lieu-dit reste le principal point de vente des téléphones portables importés du pays. Seydou, importateur d’appareils d’occasion, explique buter sur le nouveau mécanisme de déclaration et de dédouanement : « On importe les téléphones d’occasion qui sont vendus ici entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Ils sont dédouanés à l’aéroport, mais les douaniers n’enregistrent pas leur numéro de série. Quand on les vend aux clients, ils reviennent nous dire qu’ils reçoivent tout le temps des messages annonçant qu’on va bloquer leurs téléphones. »

Depuis le 1er avril, les étiquettes ont grimpé. Gérard Fontem, lui aussi revendeur, résume l’impasse : « Les clients ne sont pas intéressés à acheter les téléphones non dédouanés, mais ils ne peuvent pas non plus payer le prix des téléphones dédouanés. Donc cela nous cause beaucoup de préjudices. » Certains modèles sont passés de 45 000 à 85 000 francs CFA, soit près du double.

Pour la douane, la hausse dénoncée révèle des taxes impayées

Paul Olivier Libii, inspecteur principal des douanes et point focal de la réforme à la direction générale des douanes à Yaoundé, conteste l’idée d’importateurs asphyxiés. La fourchette observée sur le marché va d’environ 68 à 129 euros, rappelle-t-il. « Ceux qui estiment que le prix du téléphone a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas [leurs taxes], parce que pour ceux qui payaient sur la base de la valeur transactionnelle à 66 %, le prix du téléphone va plutôt diminuer. Mais ceux qui ne payaient pas utilisaient le droit de douane comme variable d’ajustement pour mettre à mal ceux qui payaient. Le nouveau mécanisme va venir mettre tout le monde au même niveau. »

Huit paliers de 5 000 à 400 000 francs CFA

Aucune taxe nouvelle n’a été créée, insiste le responsable douanier : le changement porte sur la méthode de collecte, adossée à la digitalisation. « La valeur transactionnelle a été divisée par quatre, voire par sept. Nous avons huit catégories de collecte qui vont de 5 000 à 400 000 francs CFA. Ensuite le taux global est passé de 67 % à 33,33 %, donc ce sont des méthodes de facilité. »

Près de cinq millions d’appareils encore hors du filet

Le chantier n’est pas terminé. Environ cinq millions de téléphones échappent toujours au circuit de dédouanement, selon les services des douanes, qui promettent de les rattraper. En attendant, la réforme continue de redistribuer les cartes entre revendeurs d’occasion, importateurs en règle et administration fiscale.

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Correspondant régional

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