À l’approche de l’Aïd al-Adha, les artères de Niamey vibrent sous le passage des camions de bétail. Les marchés regorgent de moutons, des plus modestes aux plus imposants, tandis que les campagnes environnantes déversent leur cheptel dans la capitale. Pourtant, loin de faire baisser les tarifs, cette abondance record semble paradoxalement alimenter une flambée des prix qui étouffe le pouvoir d’achat des ménages.
Le paradoxe est saisissant : jamais Niamey n’aura été aussi submergée par le bétail, jamais les prix n’auront été aussi élevés. Les routes menant à la ville regorgent de véhicules transportant des centaines de têtes, et les parcs à bestiaux des quartiers populaires affichent complet. Pourtant, les étals des bouchers affichent des étiquettes qui glacent le sang des consommateurs.

Des tarifs hors de portée pour de nombreux foyers
Les prix du bétail s’envolent cette année, avec une fourchette qui reflète les inégalités économiques. Voici ce que les acheteurs découvrent sur les étals de Niamey :
- Les options les plus économiques (80 000 – 100 000 FCFA) : réservées aux petits agneaux, souvent trop jeunes pour satisfaire aux exigences traditionnelles. Une solution de dernier recours pour les budgets serrés.
- Le cœur du marché (120 000 – 200 000 FCFA) : la catégorie la plus demandée, correspondant aux moutons de taille moyenne. Un investissement lourd pour les familles de la classe moyenne, qui doivent souvent puiser dans leurs économies.
- Le luxe inaccessible (250 000 – 450 000 FCFA) : des béliers de grande taille ou issus de races réputées. Une dépense que le Nigérien moyen ne peut plus se permettre sans se mettre en difficulté.
L’inflation frappe aussi les condiments essentiels
La hausse des prix ne se limite pas au bétail. Les ingrédients indispensables aux grillades de l’Aïd subissent le même sort. Le piment sec, pilier des plats festifs, a vu son coût exploser en une semaine. Un sac de 100 kg est passé de 20 000 à 30 000 FCFA, et la petite mesure courante (environ 800 grammes) coûte désormais 1 000 FCFA. Une facture supplémentaire qui aggrave encore la pression sur les ménages.

Un sacrifice budgétaire pour beaucoup
« On voit des moutons partout, mais personne ne peut se les offrir » : cette phrase résume l’état d’esprit des Nigériens à quelques jours de l’Aïd. Malgré l’afflux massif de bétail, les prix stratosphériques transforment la célébration en parcours du combattant pour les familles modestes et même moyennes.
Les spéculations des derniers jours, combinées à une demande soutenue, ont créé un climat de tension sur les marchés. Les acheteurs se pressent, craignant que les stocks ne s’épuisent ou que les tarifs ne grimpent encore. Résultat : la Tabaski 2026 s’annonce comme une fête de restrictions pour une grande partie de la population, obligée de revoir ses priorités ou de renoncer à certaines traditions.
