Sénégal : un soutien inattendu à Macky Sall pour l’ONU

Le Sénégal franchit un cap diplomatique majeur

Trois jours après un entretien au Palais de la République, le président Bassirou Diomaye Faye a confirmé une décision historique : le Sénégal apportera un soutien total à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Une annonce qui marque une forme de réconciliation politique et diplomatique, tout en servant les intérêts stratégiques du pays.

Un choix dicté par la raison d’État

Ce revirement surprend d’abord par son timing. Après des années de tensions entre les deux hommes, Bassirou Diomaye Faye, élu dans un contexte électoral mouvementé, choisit de dépasser les rancœurs personnelles au profit d’une logique de continuité étatique. En effet, l’appui du Sénégal à son prédécesseur renforce la candidature de Macky Sall sur la scène internationale, tout en offrant au pays une visibilité accrue.

Ce soutien s’explique aussi par des enjeux symboliques et concrets. Une victoire de Macky Sall serait une première pour l’Afrique depuis des décennies, et permettrait au continent de revendiquer un siège permanent au Conseil de sécurité. Le gouvernement sénégalais a d’ailleurs souligné cette dimension, évoquant un dialogue au-delà des alternances politiques pour servir les intérêts africains.

Les circonstances d’un rapprochement

La décision de Bassirou Diomaye Faye n’aurait pas été possible sans un tournant politique majeur : la rupture avec Ousmane Sonko, figure emblématique de la contestation contre l’ancien régime. Tant que ce dernier occupait le poste de Premier ministre, la ligne dure envers Macky Sall restait un pilier du discours gouvernemental. Son éviction a libéré une marge de manœuvre inédite pour le président, lui permettant de repositionner le Sénégal sur la scène diplomatique.

Ce revirement s’inscrit également dans une stratégie personnelle. Bassirou Diomaye Faye prépare la création de sa propre formation politique et cherche à élargir son assise électorale. L’accueil chaleureux réservé à Macky Sall lors de sa visite à Dakar a confirmé l’influence persistante de l’ancien président, un atout pour le chef de l’État actuel.

Macky Sall, de son côté, voit son ambition internationale renforcée. Sa candidature, déposée en mars par le Burundi au nom de la présidence tournante de l’Union africaine, souffrait jusqu’ici d’un handicap majeur : le silence du Sénégal. Ce soutien officiel, accompagné d’une mobilisation diplomatique active, comble cette faille et lui permet de se présenter comme un candidat pleinement légitime.

Un parcours semé d’embûches

Pour autant, cette victoire ne garantit pas une issue favorable. La tradition de rotation géographique au sein de l’ONU joue en défaveur de Macky Sall, alors que quatre des cinq candidats en lice sont originaires d’Amérique latine. Aucun Africain n’a occupé ce poste depuis Boutros Boutros-Ghali dans les années 1990, et cette représentation reste un argument de poids pour ses rivaux.

Le véritable enjeu se jouera au Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto. Macky Sall peut compter sur des relations équilibrées avec les grandes puissances : proche de la France, il a également entretenu des liens solides avec la Russie, comme en témoigne sa récente rencontre avec Sergueï Lavrov. Pourtant, les arbitrages définitifs restent incertains, et le verdict final n’est attendu qu’à l’automne.

Le Sénégal à la croisée des chemins diplomatiques

Cette décision illustre une évolution majeure dans la diplomatie sénégalaise. En misant sur Macky Sall, Bassirou Diomaye Faye fait le pari d’une reconnaissance internationale pour le Sénégal, tout en consolidant sa propre position politique. Une stratégie audacieuse, mais dont l’aboutissement dépendra des équilibres géopolitiques mondiaux.