Sécurité et libre circulation : amnesty international alerte sur le Mali

Crise au Mali : urgente nécessité de préserver la liberté de circulation

Les récentes tensions au Mali plongent le pays dans une situation critique, où la liberté de circulation des civils est gravement menacée. L’ONG Amnesty International tire la sonnette d’alarme face aux agissements des groupes armés qui imposent des restrictions intolérables aux populations.

Passants dans une rue de Bamako, au Mali, après des attaques contre des bases militaires

Blocus de Bamako : une crise humanitaire en marche

Depuis plus de deux semaines, Bamako est sous blocus, asphyxiant une capitale déjà fragilisée. Les groupes armés, notamment le Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), bloquent les axes routiers essentiels, privant les habitants d’accès aux denrées vitales. Le Mali, pays enclavé, dépend à plus de 90 % de ses importations par la route, rendant la situation d’autant plus alarmante.

Dans un communiqué percutant, Amnesty International dénonce « des violations inacceptables des droits fondamentaux des civils », mettant en garde contre des répercussions dramatiques sur la sécurité alimentaire, l’accès aux soins et la liberté de mouvement. L’ONG souligne l’urgence de rétablir un corridor humanitaire pour éviter une catastrophe.

Les faits sont accablants : le 6 mai dernier, des « camions civils transportant des fruits entre Bamako et Bougouni ont été attaqués par des insurgés du Jnim ». Aucun véhicule militaire n’accompagnait ce convoi, pourtant ciblé sans discernement. Une violation flagrante du droit international humanitaire.

Hélicoptère survolant un convoi de camions-citernes sur la route nationale 7 au Mali

Kidal : l’armée malienne prépare une riposte

La situation se dégrade également dans le nord du pays. Depuis fin avril, Kidal est sous le contrôle des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), alliés aux djihadistes du Jnim. L’armée malienne a annoncé une intensification de ses frappes aériennes sur la ville, en représailles aux attaques du 25 avril qui ont coûté la vie à de nombreux soldats.

Une habitante de Kidal témoigne : « Les coupures d’électricité sont fréquentes, et les communications avec l’extérieur sont quasi impossibles ». Les habitants, pris en étau entre les belligérants, vivent dans un climat de méfiance généralisée. Le FLA revendique la capture de 200 militaires maliens, tandis que les forces gouvernementales affirment avoir infligé de lourdes pertes aux insurgés.

Nord et centre du Mali : une zone sous emprise djihadiste

Les régions du Nord et du Centre du Mali subissent une occupation progressive par les groupes armés. Les djihadistes du Jnim prélèvent des impôts (zakat) dans des centaines de villages, ferment les écoles et imposent leur loi. Selon les dernières estimations, plus de 2 300 établissements scolaires sont fermés, privant des milliers d’enfants de leur droit à l’éducation.

Les experts s’accordent à dire que la crise au Mali est avant tout politique et sécuritaire. Hervé Lankoandé Wendyam, analyste spécialisé, explique : « Il existe une volonté claire de séparer le Nord du reste du pays, tandis que le Jnim cherche à étendre son influence en s’emparant de villes stratégiques ».

Les populations locales paient le prix fort. À Gao, les prix des denrées de base explosent : le kilogramme d’oignon a doublé en quelques semaines. Les habitants, livrés à eux-mêmes, doivent composer avec des pénuries et une insécurité grandissante.

Soldats du FLA entrant dans l’ancienne caserne de Wagner à Kidal

Vers une solution négociée ?

Face à l’escalade, les voix appelant à un dialogue national se multiplient. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste : « Le gouvernement malien doit impérativement ouvrir des discussions avec toutes les composantes du pays pour mettre fin à cette crise. Une négociation est la seule issue viable. »

Cependant, les autorités maliennes refusent catégoriquement toute négociation avec le FLA et le Jnim, qu’elles qualifient de groupes terroristes. Pourtant, des échanges secrets ont déjà eu lieu pour faciliter l’approvisionnement en carburant, preuve que des compromis sont possibles.

Les experts, comme Abdoulaye Sounaye, directeur d’unité de recherche au Leibniz-Zentrum Moderner Orient, prédisent : « Tôt ou tard, les parties devront s’asseoir autour d’une table pour trouver un accord. Les populations ne peuvent plus attendre. »

La crise au Mali n’est pas uniquement militaire : elle est aussi économique, sociale et politique. Sans une réponse rapide et concertée, le pays risque de sombrer dans un chaos sans précédent.