République démocratique du Congo : bilan dramatique de l’épidémie d’Ebola en 2026

République démocratique du Congo : bilan dramatique de l’épidémie d’Ebola en 2026

Gavin Blackburn
Soignants en discussion au Centre médical évangélique de Bunia

Avec un bilan s’élevant désormais à 2 011 décès, l’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo en 2026 s’impose comme l’une des crises sanitaires les plus graves de l’histoire récente du pays. Selon les dernières données officielles, 4 381 cas confirmés ont été recensés, confirmant l’ampleur sans précédent de cette flambée.

La progression rapide de la maladie est alarmante : il a fallu près de neuf semaines pour atteindre les 1 000 premiers décès, mais seulement trois semaines supplémentaires pour doubler ce chiffre. Cette accélération brutale révèle l’incapacité actuelle à endiguer efficacement la propagation du virus.

Plusieurs facteurs expliquent cette crise : l’isolement des zones touchées, aggravé par des conflits armés persistants, des voies de communication défaillantes et des tensions sociales, notamment des grèves parmi le personnel soignant en raison de retards de paiement.

Le Dr Jean-Marie Akandabo, en charge de la prise en charge des patients dans la province d’Ituri, qualifie la situation d’« alarmante » et insiste sur la nécessité d’intensifier les efforts pour contrôler la propagation du virus dans les localités les plus reculées.

Cette épidémie, la 17e recensée en République démocratique du Congo, est également la plus meurtrière jamais enregistrée. « Elle pourrait bien devenir la plus grande flambée de l’histoire du pays », a mis en garde Sania Nishtar, directrice générale de l’alliance mondiale pour les vaccins Gavi.

Le taux de létalité actuel atteint 45,9 %, un chiffre bien supérieur aux 39,6 % observés lors de la pire épidémie d’Ebola enregistrée en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, qui avait causé plus de 11 000 morts.

Une urgence sanitaire déclarée

La flambée a été officiellement déclarée le 15 mai 2026, mais les analyses génomiques du virus révèlent qu’elle avait en réalité débuté plusieurs mois plus tôt, dès le mois de février. Face à l’urgence, les autorités congolaises ont instauré un état d’urgence sanitaire.

Contrairement aux précédentes épidémies, cette crise est marquée par la présence du virus Bundibugyo, une souche rare pour laquelle aucun vaccin ni traitement n’a encore été homologué. Des essais cliniques ont été lancés dans la province d’Ituri, épicentre de l’épidémie, afin d’évaluer l’efficacité d’un vaccin existant contre d’autres souches d’Ebola.

Centre médical de Bunia : soignants en pleine coordination

Les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont recommandé d’étendre les essais cliniques à grande échelle pour tester l’efficacité du vaccin Ervebo, actuellement utilisé contre la souche Zaïre d’Ebola. Bien qu’aucune preuve définitive n’existe quant à son efficacité contre la souche Bundibugyo, des données préliminaires issues d’études animales suggèrent une possible protection croisée.

À ce jour, deux vaccins contre le virus Bundibugyo en sont aux premiers stades de développement, tandis qu’un troisième est en cours de préparation pour des essais cliniques.

Le Dr Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, a déclaré que les autorités sanitaires « courent après le virus, qui prend systématiquement de l’avance ». Cette course contre la montre est d’autant plus complexe que la transmission du virus, favorisée par les contacts avec les fluides corporels, se propage rapidement dans une région marquée par l’instabilité.

Le virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976 près de la rivière Ebola en République démocratique du Congo, reste l’une des maladies les plus redoutées au monde en raison de son taux de mortalité élevé et de sa contagiosité.