RDC à l’ONU : les minerais critiques au cœur d’une bataille géopolitique

La République démocratique du Congo exige une gouvernance responsable des minerais critiques à l’ONU

Lors d’une réunion de haut niveau organisée à New York par les Nations unies sur les minerais stratégiques essentiels à la transition énergétique mondiale, la République démocratique du Congo a tiré la sonnette d’alarme. La délégation congolaise, dirigée par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État des Affaires étrangères, a dénoncé l’exploitation illicite de ces ressources dans l’est du pays, alimentant des conflits armés et sapant la souveraineté nationale.

L’exploitation illicite des minerais : un fléau pour la stabilité régionale

La RDC, riche en coltan, cobalt et autres minerais critiques, représente une part majeure de la production mondiale. Pourtant, selon les rapports des experts onusiens, des milliers de tonnes de coltan extraites illégalement dans la région de Rubaya (Nord-Kivu) ont été acheminées vers le Rwanda via des réseaux contrôlés par le M23, un groupe armé soutenu par Kigali. Ces flux illicites, estimés à plus de 800 000 dollars par mois, financent directement les activités militaires du M23, aggravant l’insécurité dans la région.

« L’exploitation illicite de nos ressources ne se limite pas à une question économique. Elle affaiblit l’État, érode notre souveraineté et menace notre intégrité territoriale », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner lors de son intervention. Elle a rappelé que malgré les preuves accablantes fournies par les experts des Nations unies, les Forces de défense rwandaises n’ont toujours pas fait l’objet de sanctions internationales.

Une gouvernance mondiale des minerais critiques à repenser

La ministre congolaise a souligné l’urgence de repenser la gouvernance des ressources naturelles pour lier leur exploitation à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix. Elle a plaidé pour un cadre international plus cohérent, intégrant :

  • Une traçabilité renforcée des minerais pour lutter contre la contrebande et le financement des groupes armés, sans pénaliser les exploitants légitimes ;
  • Des partenariats équilibrés avec les pays consommateurs, incluant le transfert de technologies, le développement d’infrastructures locales et l’accès aux marchés ;
  • Une responsabilité partagée entre producteurs, négociants, transformateurs et institutions financières ;
  • Une valorisation locale des ressources pour transformer la RDC en acteur industriel majeur plutôt qu’en simple fournisseur de matières premières.

« La transition énergétique ne doit pas remplacer une dépendance par une autre. Elle doit garantir que les pays producteurs, leurs travailleurs et leurs communautés en tirent profit de manière équitable et durable », a-t-elle insisté.

Contexte géopolitique tendu : accords diplomatiques et réalités sur le terrain

Cette intervention intervient alors que la RDC et le Rwanda ont signé un accord stratégique avec les États-Unis pour désamorcer la crise dans l’Est congolais. Cet accord prévoit notamment le retrait progressif des troupes rwandaises du territoire congolais et la neutralisation des groupes armés comme les FDLR (que Kigali considère comme une menace pour sa sécurité). Cependant, sur le terrain, la situation reste volatile :

  • Les rebelles du M23 (accusés d’être soutenus par le Rwanda) contrôlent toujours Goma et Bukavu, ainsi que plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ;
  • Les affrontements persistent, malgré les efforts de médiation, notamment ceux menés sous l’égide du Qatar via le processus de Doha ;
  • Le dialogue entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 reste bloqué, illustrant l’écart persistant entre les annonces diplomatiques et les réalités sécuritaires.

« Les progrès annoncés doivent se traduire par des actions concrètes. Sans cela, les populations continueront de payer le prix d’une instabilité qui hypothèque leur avenir », a conclu la cheffe de la diplomatie congolaise.

Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État des Affaires étrangères de la RDC, lors de son discours à l’ONU.