Niger : le décret du 17 septembre révèle un pouvoir en état d’alerte permanent

Un décret sous tension

Le 17 septembre, un décret signé par le général Abdourahamane Tiani a provoqué un nouveau séisme politique. Cinq Nigériens, dont l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, sont provisoirement déchus de leur nationalité. Une décision lourde de symboles, qui intervient moins de trois semaines après une tentative de putsch déjouée le 29 août.

Ce jour-là, le palais présidentiel, la base aérienne 101 et la télévision publique ont été visés. Pendant plusieurs heures, l’issue du rapport de force est restée incertaine. Des militaires ont hésité à prendre position, tandis que des mutins tentaient de rallier d’autres officiers. Un scénario que Tiani connaît bien : celui d’un pouvoir renversé par les armes.

Une purge aux multiples visages

Depuis le 29 août, la riposte s’organise. Selon des informations concordantes, au moins 200 militaires ont été arrêtés, principalement au sein des forces spéciales. L’intervention de plusieurs centaines de militaires russes de l’Africa Corps aurait été nécessaire pour reprendre la base aérienne 101.

La chaîne de commandement a ensuite été remaniée en profondeur. Le 11 septembre, le chef d’état-major des armées, le général Moussa Salaou Barmou, a été limogé. Quatre ministres ont été remplacés dans la foulée. Officiellement, il s’agit de réorganiser et de sécuriser l’appareil militaire. En pratique, le pouvoir resserre les rangs autour de ses fidèles.

Ouhoumoudou Mahamadou, cible symbolique

Le décret du 17 septembre franchit un cap. Il vise notamment Ouhoumoudou Mahamadou, ancien Premier ministre de Mohamed Bazoum, le président renversé en juillet 2023. Les motifs invoqués sont graves : intelligence avec des puissances étrangères, diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, participation présumée à une entreprise de démoralisation de l’armée et atteintes à la sûreté de l’État.

Il s’agit d’accusations, et non d’une condamnation judiciaire définitive. Mais le symbole est puissant. Car Ouhoumoudou Mahamadou n’est pas un opposant ordinaire : il incarne l’ancien appareil d’État, celui de Bazoum, dont l’ombre continue de planer sur la vie politique nigérienne.

Vingt-cinq personnes privées de nationalité

Avec ce nouveau décret, le nombre total de Nigériens provisoirement déchus de leur nationalité atteint 25, dans le cadre du dispositif instauré en 2024. Une mécanique qui pose une question de fond : à quel moment la défense de l’État cesse-t-elle d’être une opération de sécurité pour devenir un instrument de nettoyage politique ?

La question mérite d’être posée sans présumer de la culpabilité ou de l’innocence des personnes visées.

Un pouvoir qui traque les menaces intérieures

Depuis le 29 août, la menace ne vient plus seulement des groupes armés ou des adversaires extérieurs. Elle peut surgir de l’intérieur même de l’appareil militaire. Dès lors, la tentation est grande de rechercher des responsables, des relais, des complices ou des commanditaires.

Le risque : que le soupçon devienne une méthode de gouvernement. Un militaire remplacé. Un ministre écarté. Des soldats arrêtés. Des anciens responsables du régime Bazoum ciblés. Et désormais, des citoyens privés de leur nationalité. Pris séparément, chaque acte a sa justification officielle. Mis bout à bout, ils dessinent un pouvoir qui cherche à contrôler tous les cercles susceptibles de représenter une vulnérabilité.

Le piège du putschiste devenu cible

Tiani est arrivé au pouvoir par un coup d’État. Trois ans plus tard, il échappe à une tentative de putsch. Ce paradoxe hante son régime. Comment gouverner sereinement quand on sait qu’un pouvoir militaire peut sembler solide jusqu’au jour où quelques officiers décident de franchir une ligne ?

Le 29 août l’a prouvé : ce qui devait être impossible est devenu possible. Ce qui devait être impensable s’est produit autour du palais présidentiel. Pour un homme qui a lui-même renversé Mohamed Bazoum, le signal est brutal. La peur du prochain complot peut rapidement devenir une obsession politique.

« Le Niger, c’est moi » ?

Les critiques du régime y voient une dérive préoccupante. À force de décider qui est loyal, qui est suspect, qui doit être arrêté, qui doit être écarté et qui peut provisoirement conserver sa nationalité, Tiani donne l’impression de se comporter comme s’il détenait seul les clés de la République.

Comme si le Niger devait être divisé entre ceux qui soutiennent le pouvoir et ceux qui doivent en être exclus. Comme si servir sous Bazoum constituait une faute politique permanente. Comme si toute voix dissidente cachait nécessairement un complot. Le général Tiani n’est évidemment pas le Niger. Mais la concentration des décisions autour de sa personne nourrit une question fondamentale : jusqu’où peut aller un régime qui, pour se protéger, finit par voir des menaces derrière chaque visage ?

Un cycle de purges et de suspicions

Le décret du 17 septembre n’est pas qu’une affaire de nationalité. Il s’inscrit dans une bataille plus vaste : celle d’un pouvoir qui cherche à éliminer les zones d’incertitude autour de lui. Chaque crise produit de nouvelles purges, chaque suspicion appelle une nouvelle sanction, chaque contestation renforce la concentration du pouvoir.

Reste une question, peut-être la plus importante : à force de combattre les complots réels ou supposés, Tiani est-il en train de construire un système où toute contestation devient automatiquement un complot ? Si tel était le cas, le problème ne serait plus seulement de savoir qui veut le renverser. Il faudrait aussi se demander pourquoi un pouvoir qui se dit solidement installé semble avoir autant peur de ceux qui l’entourent.

Car lorsqu’un régime commence à considérer ses propres citoyens comme des menaces potentielles, la frontière entre protéger l’État et protéger le pouvoir devient dangereusement mince.

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Chroniqueur politique

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