Niger : forte hausse des cas de rougeole en 2021

Niger : forte hausse des cas de rougeole en 2021

Le coordinateur médical Médecins Sans Frontières au Niger, le docteur François Rubona, alerte sur l’évolution préoccupante de l’épidémie de rougeole dans le pays. Depuis février 2021, des campagnes de vaccination d’urgence ont été déployées dans plusieurs régions pour contenir la propagation précoce de cette maladie hautement contagieuse.

rougeole au Niger : une flambée épidémique sans précédent

En 2021, le Niger fait face à une hausse alarmante des cas de rougeole par rapport à l’année précédente. Selon les chiffres officiels, 3 213 cas ont été recensés dès le premier trimestre, contre 1 081 en 2020, soit une multiplication par trois. Dès avril, le seuil de 6 000 cas suspects était dépassé, avec déjà 15 décès enregistrés. 27 districts sanitaires sur 73 sont désormais en état d’épidémie, notamment dans les régions d’Agadez, Dosso et Tahoua.

La rougeole, maladie virale extrêmement contagieuse, représente l’une des principales causes de mortalité infantile dans le monde. Pour enrayer sa progression, l’Organisation mondiale de la santé recommande une couverture vaccinale minimale de 95%. Pourtant, de nombreux centres de santé nigériens affichent des taux ne dépassant pas 50%. Dans des zones comme Diffa, Tillabéry ou Tahoua, l’insécurité croissante, générant des déplacements massifs de populations, limite drastiquement l’accès aux soins primaires. À cela s’ajoute la pandémie de Covid-19, qui a perturbé les campagnes de vaccination régulières et de rattrapage.

défi majeur : relancer la vaccination malgré les obstacles

L’apparition des premiers cas de Covid-19 au Niger en mars 2020 a entraîné une réduction significative de la fréquentation des centres de santé par crainte de la maladie. Résultat : moins de parents ont présenté leurs enfants pour les vaccinations de routine, aggravant la situation épidémique actuelle.

La pandémie a aussi affaibli les ressources humaines : des agents de santé infectés ou en contact avec des cas positifs ont réduit leur disponibilité. Les efforts se sont concentrés sur la lutte contre le virus, au détriment des actions préventives. Par ailleurs, les restrictions logistiques liées aux confinements et aux fermetures de frontières ont compliqué l’approvisionnement en intrants médicaux. Pour y remédier, Médecins Sans Frontières a acheminé près de 700 000 doses de vaccins afin de renforcer la réponse sanitaire et préparer des stocks pour les urgences.

Un autre frein majeur à la vaccination a été observé ces dernières semaines : une méconnaissance des populations, qui confondent parfois les campagnes contre la rougeole avec celles contre la Covid-19. À Niamey et dans la région de Tillabéry, des refus de vaccination ont été signalés. Pour contrer cette désinformation, les équipes ont intensifié les actions de sensibilisation et d’engagement communautaire, afin d’expliquer les risques de la rougeole et l’importance de vacciner les enfants pour briser la chaîne de transmission.

quelles perspectives pour les mois à venir ?

La situation épidémique au Niger reste critique, illustrant la baisse de la couverture vaccinale et des campagnes de vaccination de routine. Cette tendance a déjà eu des répercussions, comme en témoignent les 1 100 cas de méningite enregistrés dans le pays. Si les vaccinations ne reprennent pas rapidement, les conséquences sanitaires pourraient s’étendre sur plusieurs années.

Avec l’arrivée imminente des pics saisonniers de paludisme et de malnutrition, la vigilance est de mise. L’année précédente, le paludisme avait connu une saison particulièrement longue, se prolongeant jusqu’en janvier 2021. Par ailleurs, les prévisions en matière de sécurité alimentaire et de malnutrition pour 2021 sont alarmantes, notamment dans des régions moins médiatisées comme Maradi et Zinder, où l’accès aux soins est déjà limité.