Buenos Aires mise sur le Maroc pour renforcer la candidature de Grossi à l’ONU
Lors de la huitième réunion de la commission mixte et de la sixième session de consultations politiques entre l’Argentine et le Maroc, qui s’est tenue à Buenos Aires, la diplomatie argentine a officiellement sollicité le soutien de Rabat en faveur de la candidature de Rafael Grossi pour succéder à António Guterres au secrétariat général de l’ONU. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie visant à élargir l’influence de la candidature argentine sur la scène internationale.
Le gouvernement dirigé par Javier Milei considère que l’appui du Maroc, grâce à son rayonnement diplomatique en Afrique et dans les enceintes multilatérales, renforcerait significativement la position de Rafael Grossi. Ce dernier, actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), est perçu comme un candidat doté d’une expertise technique et politique reconnue, capable de naviguer dans les crises internationales et de dialoguer avec les grandes puissances.
Un dialogue diplomatique axé sur les priorités internationales
Les entretiens ont été menés par Roberto Salafia, sous-secrétaire argentin aux négociations économiques internationales et à l’intégration, ainsi que par Juan Manuel Navarro, sous-secrétaire à la politique étrangère. Côté marocain, Fouad Yazourh, directeur général des affaires politiques internationales, a conduit la délégation. Les discussions ont porté sur les relations bilatérales, les enjeux internationaux et les opportunités de coopération renforcée entre les deux pays.
L’Argentine a présenté la candidature de Rafael Grossi comme «une priorité absolue de sa diplomatie multilatérale», soulignant son parcours au sein de l’AIEA, où il a joué un rôle clé dans la gestion des crises nucléaires, notamment en Iran et en Ukraine. Buenos Aires mise sur ce profil pour redonner à l’ONU une capacité d’action politique plus ferme et restaurer le dialogue entre les puissances.
Le Maroc, un atout stratégique pour l’Argentine en Afrique
Le choix du Maroc s’explique par son influence diplomatique et son réseau étendu en Afrique, où la bataille des voix pour la désignation du prochain secrétaire général de l’ONU sera cruciale. Le royaume, qui entretient des relations privilégiées avec de nombreux États africains, pourrait faciliter des convergences au sein du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale.
Plusieurs personnalités se disputent le poste, dont Michelle Bachelet (Chili), Rebeca Grynspan (Costa Rica), María Fernanda Espinosa (Équateur) et Macky Sall (Sénégal). Face à cette diversité de candidats, l’Argentine doit consolider des soutiens au-delà de l’Amérique latine pour maximiser les chances de Rafael Grossi.
Le Maroc, grâce à son poids au Maghreb, ses partenariats avec l’Europe et les États-Unis, et son engagement dans les institutions multilatérales, représente un interlocuteur essentiel. Son appui offrirait à l’Argentine un relais politique précieux en Afrique, une région déterminante pour la réussite de cette candidature.
Une relation économique en plein essor
En 2025, les échanges commerciaux entre l’Argentine et le Maroc ont atteint 1,092 milliard de dollars, faisant du royaume le deuxième partenaire commercial africain de Buenos Aires. Les discussions ont permis d’identifier des pistes pour approfondir cette collaboration, notamment dans des secteurs clés comme l’agriculture, l’énergie, la santé et le tourisme.
Les deux délégations ont souligné «la nécessité de structurer davantage les échanges commerciaux, de rapprocher les administrations compétentes et de développer des projets communs», en particulier dans les domaines où les complémentarités entre les deux économies sont immédiates.
L’Argentine voit dans le Maroc une porte d’entrée vers le continent africain, ainsi qu’un partenaire industriel stratégique. Son secteur automobile, ses filières d’engrais, son aéronautique et son textile offrent des opportunités pour renforcer les chaînes de production régionales et attirer des investissements mutuels.
De son côté, le Maroc considère l’Argentine comme un fournisseur agricole majeur et un partenaire clé pour étendre ses liens avec l’Amérique du Sud. Les échanges d’expertise dans l’énergie, les conditions sanitaires des produits agroalimentaires et l’ouverture de liaisons aériennes ont également été au cœur des discussions.
Enfin, les deux pays ont rappelé que leur relation dépasse désormais le cadre économique, offrant un espace de concertation politique sur les grands équilibres internationaux, la coopération Sud-Sud et la représentation des pays du Sud dans les institutions mondiales.
