Le Nord-Mali sous la menace d’une double offensive
Le paysage sécuritaire du Mali a connu une mutation radicale en l’espace de quelques jours. Après la chute de Kidal, les groupes armés liés au JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et au FLA (Front de libération de l’Azawad) ont consolidé leur emprise sur des zones stratégiques, plongeant le pays dans une situation de crise sans précédent.
Cette avancée militaire, comparable à celle de 2012, s’est traduite par la prise de contrôle des localités de Tessalit et Aguelhoc, où les Forces armées maliennes (FAMa) ont dû se replier face à la pression des assaillants. Une image symbolique, montrant un cadre du JNIM tenant les clés d’un camp militaire, a marqué les esprits, rappelant la fragilité de la sécurité dans la région.
Depuis le 25 avril, plusieurs villes comme Ber, Tessit, Hombori et Gourma Rharous sont retombées aux mains des groupes armés, laissant les populations de Gao et Tombouctou dans une angoisse croissante.
Bamako maintient sa position malgré les revers
Face à cette offensive, le pouvoir en place à Bamako refuse de céder. Le général Assimi Goïta a lancé un appel à la mobilisation nationale, déclarant que le Mali ne céderait pas face à la « menace terroriste ». Les forces gouvernementales concentrent leurs efforts sur deux axes principaux :
- Action militaire aérienne et terrestre : L’armée malienne mène des frappes ciblées contre des positions du JNIM à Kidal, visant notamment des infrastructures logistiques. Les autorités revendiquent la neutralisation de plusieurs combattants, bien que les indépendantistes contestent ces bilans.
- Approvisionnement stratégique : Alors que les axes routiers menant à la capitale sont bloqués par les jihadistes, un convoi exceptionnel de 800 camions-citernes a réussi à franchir les barrages rebelles, sous escorte militaire et aérienne.
De son côté, la Russie a réaffirmé son soutien indéfectible aux autorités maliennes, écartant toute idée de retrait après les pertes subies à Kidal.
Le JNIM change de stratégie : entre guerre et discours politique
L’innovation majeure de cette crise réside dans le recentrage du discours du JNIM. Dans un communiqué publié le 30 avril, le groupe a abandonné temporairement son langage belliqueux pour adopter une rhétorique politique, s’adressant aux « forces vives de la nation », aux partis politiques et aux autorités religieuses.
Le JNIM propose la formation d’un « front commun » afin d’instaurer une « transition pacifique » et de mettre fin à ce qu’il qualifie de « dictature de la junte ». En utilisant des termes comme « souveraineté » et « dignité », le groupe cherche à rallier une partie de l’opinion publique, tout en réaffirmant son objectif ultime : l’instauration de la Charia.
« Il faut parfois choisir le moindre mal », confie un ancien membre de l’opposition, soulignant le dilemme auquel est confrontée la classe politique malienne : faut-il engager un dialogue avec des ennemis d’hier pour mettre fin à la spirale de violence ?
Une crise qui dépasse le champ militaire
La pression sur le régime de transition s’accentue, tant sur le plan sécuritaire que politique et économique. Le procureur de la République de Bamako a annoncé l’arrestation de plusieurs militaires maliens, suspectés de complicité dans les attaques récentes.
Entre l’avancée territoriale des groupes armés, l’offensive politique du JNIM et les conséquences du blocus sur l’économie, le Mali traverse une période critique. La confrontation ne se limite plus aux étendues désertiques du Nord, mais s’étend désormais aux débats sur la légitimité du pouvoir à Bamako.
