Mali pionnier d’une stratégie innovante de vaccination contre le paludisme

Le Mali adopte une approche hybride révolutionnaire pour vacciner contre le paludisme

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le Mali s’impose comme le premier pays au monde à déployer une approche hybride de vaccination contre cette maladie. Cette initiative marque un tournant décisif dans la lutte antipaludique en Afrique.

Un fardeau sanitaire majeur
En 2023, le Mali enregistrait 8,15 millions de cas de paludisme, représentant 3,1 % des cas mondiaux, ainsi que 14 328 décès dus à cette maladie, soit 2,4 % des décès mondiaux. Le pays figurait parmi les 11 nations les plus touchées par le paludisme à l’échelle planétaire, avec une hausse de 1,4 million de cas entre 2019 et 2023.

Pour contrer cette épidémie, le Ministère de la Santé et du Développement social du Mali, en collaboration avec des partenaires internationaux, a lancé une stratégie vaccinale inédite. Contrairement aux programmes classiques, cette approche combine l’administration de trois doses initiales mensuelles tout au long de l’année, suivie de deux doses saisonnières avant la période de forte transmission (mai-juin).

Une stratégie adaptée à la saisonnalité du paludisme au Mali

Cette méthode hybride a été conçue pour maximiser l’efficacité du vaccin R21/Matrix-M, administré dans 19 districts prioritaires des régions de Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou et Sikasso. Le pays dispose actuellement de 927 800 doses pour cette première phase.

L’objectif est d’aligner la période de protection vaccinale optimale avec la saison où le risque de contamination est le plus élevé. Les données scientifiques, dont certaines issues de recherches menées au Mali, confirment que cette approche permet d’accroître significativement l’impact du vaccin.

Un déploiement soutenu par des acteurs clés

Ce projet ambitieux est porté par le Ministère de la Santé malien, avec l’appui de Gavi, l’UNICEF, l’OMS et d’autres partenaires. Le Colonel Assa Badiallo Touré, Ministre de la Santé, a salué l’engagement de tous les acteurs impliqués :

« L’introduction du vaccin antipaludique dans notre Programme Elargi de Vaccination représente un défi collectif que nous relèverons avec détermination. Les efforts conjoints de nos chercheurs et partenaires ont permis d’aboutir à cette recommandation par l’OMS. Nous sommes prêts à généraliser cette solution pour protéger nos enfants et réduire durablement l’impact du paludisme. »

Les vaccins R21/Matrix-M et RTS,S/AS01 : des outils éprouvés

Les vaccins antipaludiques R21/Matrix-M et RTS,S/AS01, préqualifiés par l’OMS, ont démontré leur efficacité lors d’essais cliniques de phase 3 :

  • Réduction de plus de 50 % des cas de paludisme la première année après vaccination.
  • Protection prolongée grâce à une quatrième dose administrée la deuxième année.
  • Efficacité accrue à 75 % lorsque les doses sont administrées de manière saisonnière dans les zones à transmission élevée.
  • Ciblage du parasite P. falciparum, responsable de la majorité des décès liés au paludisme en Afrique.

Une avancée majeure pour l’Afrique

Le Mali devient le 20e pays africain à intégrer le vaccin antipaludique dans son calendrier vaccinal, avec le soutien de Gavi. D’ici fin 2025, 13 millions d’enfants supplémentaires devraient être protégés sur le continent. Le Nigeria, le Tchad, le Soudan et la République démocratique du Congo ont également lancé des initiatives similaires, adaptées à leurs contextes locaux.

Une approche complémentaire aux mesures existantes

Le vaccin ne remplace pas les autres outils de prévention, mais les complète efficacement :

  • Utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide.
  • Chimioprévention du paludisme saisonnier.
  • Traitement préventif intermittent pendant la grossesse.
  • Pulvérisation d’insecticide à l’intérieur des habitations.

Le Dr Pierre Ngom, Représentant de l’UNICEF au Mali, a souligné :

« Après 35 ans de recherche, le vaccin antipaludique offre un nouvel espoir. Cependant, il doit s’intégrer dans une stratégie globale incluant la mobilisation communautaire et la lutte contre la désinformation. Les outils numériques comme U-Report jouent un rôle clé dans cette sensibilisation. »

Perspectives et enjeux futurs

Gavi, qui coordonne le programme mondial de vaccination antipaludique, cherche à lever 3,1 milliards de dollars pour sa prochaine phase (2026-2030). L’objectif ? Protéger 50 millions d’enfants supplémentaires avec quatre doses de vaccin. La Dre Sania Nishtar, Directrice générale de Gavi, a déclaré :

« Ce déploiement historique au Mali illustre notre engagement à sauver des vies. Avec plus de 24 millions de doses déjà livrées, nous devons maintenir cet élan pour toucher toutes les populations vulnérables. »

Pourquoi cibler les enfants de moins de cinq ans ?

Les enfants de moins de cinq ans représentent plus de 75 % des décès liés au paludisme dans le monde. Leur système immunitaire immature les rend particulièrement vulnérables, contrairement aux adultes ayant développé une immunité partielle après des années d’exposition.

Données clés sur le paludisme en Afrique

  • 94 % des cas mondiaux et 95 % des décès surviennent en Afrique.
  • Les 20 pays ayant introduit le vaccin représentent plus de 70 % de la charge mondiale.
  • Entre 2019 et 2023, une baisse de 13 % de la mortalité infantile a été observée dans les zones pilotes (Ghana, Kenya, Malawi).