La surpopulation carcérale au Mali a franchi un seuil critique. La Maison Centrale d’Arrêt de Bamako, conçue pour 600 personnes, en héberge plus de 10 000. Une situation qui résulte de dysfonctionnements structurels anciens, aggravés par l’intensification des interpellations et des opérations de sécurisation depuis la transition politique.
Une pression sécuritaire qui asphyxie les centres de détention
La priorité donnée à la sécurisation des grands centres urbains et à la lutte contre la criminalité et le terrorisme a multiplié les rafles. Chaque jour, des personnes sont conduites au dépôt sans évaluation immédiate de la gravité des faits. La détention préventive devient la norme, les libertés provisoires restant exceptionnelles. La chaîne judiciaire, engorgée, retarde les procès, maintenant des prévenus en détention pendant des années.
Les causes profondes de l’engorgement
- Interpellations massives : les rafles ciblées ou systématiques alimentent quotidiennement les dépôts.
- Détention préventive automatique : face à la charge de travail, les mandats de dépôt sont privilégiés.
- Lenteur judiciaire : le traitement des dossiers s’éternise, prolongeant la détention.
Des conditions de détention qui se dégradent
La promiscuité extrême a des conséquences humanitaires graves : risques accrus de transmission de maladies infectieuses (tuberculose, dermatoses), accès limité aux soins, tensions et insécurité interne. La gestion quotidienne devient éprouvante pour le personnel pénitentiaire. Toute perspective de réinsertion ou d’aménagement de peine est anéantie.
Des alternatives à la détention encore inabouties
Face à l’urgence, la chancellerie malienne n’a pas trouvé les leviers pour désengorger les prisons. Le projet de bracelet électronique pour les infractions mineures a été abandonné faute de budget. Les acteurs du droit estiment qu’un désengorgement durable passera par une rationalisation des interpellations et une accélération du traitement judiciaire.
