Mali : libérer moussa mara et respecter les droits humains, une urgence absolue

Une condamnation aberrante vient d’être prononcée à l’encontre de Moussa Mara, ancien premier ministre du Mali et figure de l’opposition. Il écope de deux ans de prison, dont un an ferme, ainsi que d’une amende de 500 000 francs CFA (soit 762 euros), pour des accusations jugées infondées, notamment d’« atteinte au crédit de l’État ». Cette décision illustre une dérive autoritaire inacceptable, selon les observateurs des droits humains.

Amnesty International dénonce une parodie de justice, soulignant que cette condamnation viole les engagements internationaux du Mali. Le pays a ratifié la Charte africaine des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, garantissant notamment la liberté d’expression et le droit à un procès équitable. Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, rappelle que :

« Les autorités maliennes doivent cesser de museler les voix critiques et mettre fin à la répression croissante contre l’opposition pacifique. La liberté d’expression, d’association et de réunion doit être respectée sans réserve. »

L’arrestation de Moussa Mara, survenue le 1er août, fait suite à un tweet publié le 4 juillet. Dans ce message, il exprimait sa solidarité avec des activistes et politiciens détenus, évoquant une « nuit » dont il promettait de faire surgir un « soleil » par tous les moyens. Ses détracteurs l’accusent d’« incitation au trouble à l’ordre public » et d’« opposition à l’autorité légitime », des chefs d’accusation flous et souvent instrumentalisés.

Des arrestations arbitraires et des disparitions forcées en série

Le cas de Moussa Mara n’est malheureusement pas isolé. Depuis plusieurs années, le Mali voit se multiplier les détentions arbitraires, les disparitions forcées et les poursuites judiciaires à l’encontre de militants, journalistes et opposants pacifiques.

Le journaliste El Béchir Thiam : enlevé puis libéré après des mois d’incertitude

Le 8 mai 2025, El Béchir Thiam, journaliste membre du parti Yéléma de Moussa Mara, a été enlevé par des individus masqués se présentant comme des agents des services de renseignement. Sa disparition a coïncidé avec une prise de parole publique où il critiquait la décision du parlement de transition d’accorder un nouveau mandat de cinq ans au gouvernement militaire. Pendant près de trois mois, son sort est resté inconnu, les autorités refusant de reconnaître sa détention. Ce n’est que le 26 septembre 2025, après une plainte déposée par son épouse, qu’il a finalement été libéré.

Clément Dembélé, militant anti-corruption toujours détenu malgré un non-lieu

En novembre 2023, Clément Dembélé, figure de la lutte contre la corruption, a été arrêté alors qu’il s’apprêtait à organiser une conférence de presse dénonçant les coupures d’électricité récurrentes. Accusé à tort d’« avoir proféré des menaces de mort contre le chef de l’État Assimi Goïta », il a bénéficié d’un non-lieu en avril 2025. Pourtant, il reste toujours détenu arbitrairement. Les Nations unies ont à plusieurs reprises interpellé les autorités maliennes sur ce cas, sans résultat concret.

Les experts internationaux ont dénoncé à la fois la disparition forcée d’El Béchir Thiam et l’arrestation arbitraire de Clément Dembélé, appelant à leur libération immédiate et inconditionnelle.

D’autres militants muselés depuis 2023

La répression ne se limite pas à ces deux cas. Depuis 2023, de nombreuses personnalités sont emprisonnées pour avoir osé critiquer le pouvoir en place.

  • Rokiatou Doumbia (« Rose Vie Chère ») : arrêtée en mars 2023 pour avoir dénoncé la dégradation de la sécurité et la hausse du coût de la vie, elle a été condamnée à un an de prison pour « incitation à la révolte » et « atteinte au crédit de l’État ». Malgré l’expiration de sa peine, elle est toujours détenue.
  • Mohamed Youssouf Bathily (« Ras Bath ») : animateur radio et activiste, il a été arrêté après avoir qualifié de « meurtre » la mort en détention de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga. Condamné à 18 mois de prison pour « simulation d’infraction », il a purgé sa peine mais reste aujourd’hui incarcéré pour de nouvelles accusations fantaisistes.
  • Adama Diarra (« Ben le Cerveau ») : activiste du Conseil national de transition, il a été emprisonné en septembre 2023 pour avoir réclamé un retour à un régime civil. Condamné à deux ans de prison pour « atteinte au crédit de l’État », sa demande de libération provisoire a été rejetée en février 2025.
  • Issa Kaou N’Djim : ancien membre du Conseil national de transition, il a été condamné à deux ans de prison après avoir remis en cause une déclaration officielle du Burkina Faso concernant une tentative de coup d’État. Son arrestation fait suite à une plainte du gouvernement burkinabè pour « offense envers un chef d’État étranger ».

Un contexte politique explosif

Depuis le coup d’État de 2020 contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali est dirigé par une junte militaire. Initialement prévue pour durer 18 mois, la période de transition a été prolongée à trois reprises. En avril 2025, les autorités ont annoncé la dissolution de tous les partis politiques et la prolongation de la transition pour cinq nouvelles années. Une décision qui accentue encore davantage l’asphyxie démocratique et les risques de dérive autoritaire.

Face à cette situation alarmante, les organisations de défense des droits humains appellent une nouvelle fois le Mali à respecter ses engagements internationaux. La libération de Moussa Mara et de tous les détenus politiques doit être immédiate. Le respect des libertés fondamentales ne peut plus attendre.