L’attaque djihadiste menée jeudi 10 septembre contre le camp militaire de Dioura, situé dans le centre du Mali, s’impose comme l’une des plus sanglantes qu’ait connues l’armée malienne depuis le début du conflit, il y a une quinzaine d’années. Le bilan humain est lourd : au moins cinquante militaires maliens et cinq paramilitaires russes rattachés à Africa Corps, l’entité qui a succédé au groupe Wagner, ont perdu la vie.
Les contours de cette offensive ont été établis grâce à des sources sécuritaires et locales. L’attaque a été revendiquée dès le jour même par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une organisation affiliée à Al-Qaïda. Plusieurs dizaines de soldats maliens auraient également été capturés, selon les mêmes sources.
Un officier déployé sur le théâtre des opérations a confirmé l’ampleur du drame, évoquant un « bilan élevé ». À Mopti, une source sécuritaire fait état de « plus de 60 soldats tués dans l’attaque, en plus d’une soixantaine d’autres prisonniers ». Un élu local avance pour sa part « au moins 80 militaires tués et de nombreux prisonniers ».
Des opérations aéroterrestres engagées contre les assaillants
Selon les témoignages recueillis, les djihadistes ont attaqué le camp de Dioura avant de revenir le lendemain, sans que l’armée n’envoie de renforts sur place. Dans un communiqué diffusé dimanche, l’armée malienne a annoncé avoir lancé des « opérations aéroterrestres engagées contre les assaillants ». Elle fait état de la « neutralisation », au sud-ouest de la ville, de « plusieurs éléments terroristes à motocyclette qui tentaient de se dissimuler sous un couvert végétal ».
Un pays sous pression djihadiste depuis plus d’une décennie
Depuis 2012, le Mali est confronté à une crise sécuritaire profonde, alimentée par les violences de groupes djihadistes, de leurs alliés indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et de groupes criminels communautaires.
Le pays sahélien, dirigé par une junte militaire, s’est rapproché de la Russie, dont les paramilitaires d’Africa Corps l’assistent dans sa lutte antidjihadiste. La situation sécuritaire s’est encore dégradée depuis fin avril 2026, lorsque les djihadistes du JNIM, alliés à la rébellion du FLA, ont lancé une série d’attaques coordonnées contre des positions stratégiques de la junte et de l’armée dans plusieurs villes, y compris aux abords de Bamako, la capitale.
Ces attaques ont notamment coûté la vie au ministre de la Défense. Le 18 juillet dernier, au moins 50 autres militaires avaient déjà été tués au Mali. La coalition d’indépendantistes touaregs et de djihadistes avait alors tendu une embuscade contre un convoi de l’armée qui quittait la ville stratégique d’Anéfis, dans le nord du pays, pour se rendre dans la grande ville de Gao.
